Sœurs d’armes, Chérif Zananiri

Sœurs d’armes

Chérif Zananiri

Éditions Ramsay

Quatrième de couverture

Les peintres savent que par moment, un pinceau léger suffit pour suggérer des sentiments diffus, des tranches de vie dont ne restent que les instants singuliers. L’auteur a voulu, à la manière des peintres, narrer un moment difficile de la ville de Saint-Quentin : la période d’occupation dès 1914, puis l’évacuation de la ville, enfin sa destruction.

Il faut imaginer que cette ville de 40 000 âmes, était considérée comme germanisée dès 1914. Les conditions de vie étaient très difficiles, avec près de 8 000 soldats et officiers installés chez l’habitant, terrorisant, affamant, emprisonnant, séquestrant, prenant des otages et mettant la ville à feu et à sang. Dans ce roman, des personnages attachants, en majorité des femmes, s’aperçoivent qu’il faut prendre en charge les affaires de la cité, organiser la résistance, faire le possible pour bouter les envahisseurs allemands hors de France. Puis, comme c’est souvent le cas, les femmes lorsqu’elles accomplissent des actes héroïques, préfèrent reprendre discrètement leur place dans la cité, sans chercher ni la reconnaissance, ni les honneurs officiels.

Ce roman raconte leur histoire.

Mon avis

1914, à Saint-Quentin. Léonie, Alice et Mathilde sont emprisonnées dans la même cellule. Elles ont été arrêtées par les Allemands, suite à des dénonciations vengeresses à la Kommandantur. Elles ne se connaissaient pas avant, mais décident de se revoir, après leur libération. Toutes trois travaillent, alors, dans le casino de Mathilde, un lieu très fréquenté par les Allemands. Elles entrent en résistance.

Les termes que j’ai utilisés dans ma présentation évoquent la Deuxième Guerre mondiale. Pourtant, ce roman commence le 20 juillet 1914 et se termine le 11 novembre 1920. En effet, il traite d’un fait historique méconnu : l’Occupation de Saint-Quentin, pendant la Première Guerre. 8 000 soldats et officiers allemands ont envahi cette ville de 40 000 habitants. Ils ont réquisitionné les maisons, terrorisé les hommes, les femmes et les enfants, les ont affamés, les ont coupés du monde et les ont torturés. Ils ont tué des otages, lorsque des actes de sabotage étaient perpétrés par les Résistants. Puis, en 1917, ils ont fait évacuer la ville pour la détruire. Chérif Zananiri raconte leurs exactions, qui semblent être une répétition de ce que sera le nazisme. Le 25 juin 1916, une feuille de couleur jaune annonçait « que 272 hommes que les Allemands avaient déjà fait prisonniers partiraient dans les camps de prisonniers en Allemagne » (p. 219). Il décrit les pièges tendus pour découvrir le courrier qui était interdit. Le destinataire était en danger. Un passage poignant relate qu’une mère a dû nier avoir un fils. Elle a vu la lettre de celui-ci brûler devant ses yeux, sans qu’elle l’ait lue. « Ils ont brûlé mon cœur ! » (p. 220)

Avec sensibilité, Chérif Zananiri rend hommage à ceux qui se sont battus dans l’ombre. J’ai été très touchée par un homme qui est allé au-devant de la mort. Il savait que pour atteindre son objectif, qui était de transmettre de fausses informations à l’occupant, il devait mourir des mains des Allemands. Léonie, Alice, Mathilde et Isabelle ont, elles aussi, œuvré pour la liberté de la France : chacune à leur manière, mais unies. Elles n’étaient pas destinées à être des héroïnes, mais elles le sont devenues, avec courage et abnégation. Elles n’ont pas cherché la reconnaissance : après la guerre, elles ont fait disparaître les traces de leurs actes de bravoure. Elles étaient des mères, des sœurs, des amoureuses, des filles, des amies… des femmes, françaises, qui se battaient pour leur pays.

J’ai été très émue par Sœurs d’armes, qui m’a fait découvrir des évènements tragiques de la Première Guerre mondiale.

Je remercie sincèrement Chérif Zananiri et les Éditions Ramsay pour leur confiance.

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