Les Pianos de la victoire, Martine Pilate

Les Pianos de la victoire

Martine Pilate

Editions de Borée

Quatrième de couverture

Lucile est une jeune métisse qui rêve de devenir chanteuse de Blues. Influencée par ceux qui allaient devenir les maîtres du jazz : Betty Smith, Bechet, Armstrong… et soutenue par les siens, elle se lance avec un certain succès dans cette carrière qui la conduira jusqu’à Pigalle où le jazz explose. De retour à La Nouvelle-Orléans, Lucile reprend l’affaire familiale tandis que son fils Louis découvre le racisme. Étudiant en médecine et musicien, il est incorporé dans le seul bataillon noir non armé, chargé d’assurer la distraction des troupes grâce aux pianos de la victoire.

Mon avis

Les pianos de la victoire est la suite indépendante du roman La couleur oubliée de l’arc-en-ciel (ma chronique est ICI), qui était consacré à Antoine. Dans ce nouvel opus, sa sœur, Lucile, est l’héroïne principale, aussi, il est tout à fait possible de découvrir l’histoire de la famille du Plaissant, par ce dernier.

Lucile a grandi à la Nouvelle-Orléans, au sein du Spotted Cat, le restaurant tenu par ses parents. L’établissement est renommé pour sa cuisine, mais aussi pour les artistes qui s’y sont produits : Betty Smith, Sidney Bechet, Louis Armstrong, etc. La jeune fille, issue d’un mariage mixte, est chanteuse : elle rêve de « devenir une égérie que Blancs comme Noirs admireraient » (p. 16). Sa carrière démarre à Chicago et se poursuit, à New York, où elle enregistre des disques. Elle connaît un certain succès, mais, révoltée par les lois de la ségrégation, elle rêve de liberté. Aussi, lorsqu’une opportunité se présente, elle la saisit et s’expatrie en France. Hélas, au fil des années, les contrats se raréfient. Après avoir subi le racisme aux Etats-Unis, elle est victime de discrimination sexuelle. Cependant, elle est heureuse que son fils grandisse dans un pays, dans lequel les lois sont les mêmes pour tous, quelle que soit la couleur de peau. Louis envisage de devenir médecin, il veut sauver des vies. Malheureusement, un événement familial, puis la guerre, bouleversent l’existence établie de Lucile et de son fils.

Les membres de la famille du Plaissant sont attachants : Peter, le grand-père de Lucile, est un ancien esclave doux et sage ; Louis, qui a grandi dans le pays des libertés, désire consacrer sa vie à sauver celles des autres ; Philippe, le père de la chanteuse, est un homme blanc, qui s’est uni à une femme noire, avec qui il a eu deux enfants, et il a affronté les épreuves avec dignité ; Lucille est une femme spontanée, inspirée par les choix de son frère et animée par un souffle de liberté, etc. C’est une famille très unie, qui partage la passion de la musique.

A travers le destin de Lucile, puis celui de Louis, Martine Pilate dépeint la ségrégation raciale. Elle décrit les atrocités commises en son nom, mais aussi les aberrations et le sentiment d’injustice de ceux qui la subissent, qui, pourtant, sont obligés de s’y soumettre. Leurs vies sont empreintes de la peur de commettre le geste qui les condamnerait, sans procès, de la révolte au sujet du traitement qu’ils subissent, de la terreur des lynchages, de la douleur de ne pas pouvoir agir et de l’espoir de contribuer au changement, etc.

Même à la guerre, les différences s’affichent, de manière horrible. Louis a rejoint le bataillon noir et j’ai été très émue par son héroïsme. Pourtant, l’Histoire se répète : comme son oncle Antoine, lors de la Première Guerre, ses camarades et lui subissent l’ostracisme. Pour le commandement, les Noirs sont inférieurs aux Blancs, leurs vies ne comptent pas. Aussi, les combattants n’ont pas d’armes. C’est un élément réel qui m’a énormément choquée. Louis trouve du réconfort dans ce qui est le fondement de sa famille : la musique. Grâce aux pianos de la victoire, un événement historique que révèle l’auteure, il s’évade et existe pour lui-même. Le temps d’une partition, les Blancs lui accordent de la considération.

J’avais beaucoup apprécié La couleur oubliée de l’arc-en-ciel et j’ai encore plus aimé Les Pianos de la victoire. J’ai été très touchée par le destin de cette famille qui subit la ségrégation, mais qui cherche le bonheur, partout où il se situe. J’ai été émue par les stigmates de leurs douleurs passées, mais aussi, impressionnée par leur dignité et leur espoir au sujet de l’évolution de la société.

Je remercie sincèrement Virginie des Éditions de Borée pour ce service presse.

De la même auteure

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Les Soleils de sable

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