Les Oxenberg & les Bernstein, Cătălin Mihuleac

Les Oxenberg & les Bernstein

Cătălin Mihuleac

Éditions Noir sur Blanc

Quatrième de couverture

« Ici repose pour l’éternité Joseph Bernstein, le rabbin des produits vintage. Si vous allez au Paradis, faites appel à lui pour une paire d’ailes bonnes et pas chères, story included. Si vous vous retrouvez en Enfer, des cornes et des sabots comme chez lui, vous n’en trouverez nulle part. »

Voici une famille de Juifs américains, les Bernstein, qui a réussi à Washington DC dans les années 1990 grâce au commerce en gros de vêtements vintage. Persuadés que tout, désormais, des habits aux idées en passant par les sentiments, est plus ou moins de « seconde main », ils s’efforcent de ne voir dans le passé qu’une valeur ajoutée.

Soixante ans plus tôt, de l’autre côté de l’Atlantique, les Oxenberg achèvent de se hisser parmi la bonne société de la ville de Iași, dans l’étrange royaume de Roumanie. Jacques Oxenberg, dont on vante « les doigts beethovéniens », est le meilleur obstétricien de la région. Il vient d’offrir une auto à son épouse, laquelle lui a donné deux beaux enfants. Un gramophone égaye les soirées de leur jolie maison, mais dehors… les voix rauques de la haine commencent à gronder. 

Lorsque la riche Dora Bernstein et son fils Ben se rendront à Iași, durant l’été de 2001, les deux histoires se rejoindront, entre secrets de famille et zones d’ombre de la mémoire collective.

Cătălin Mihuleac, né en 1960 à Iaşi, dans le nord-est de la Roumanie, a travaillé une demi-douzaine d’années en tant que géologue. À la chute du régime communiste, il a entamé une carrière de journaliste, tout en publiant ses premiers textes satiriques. La parution de son roman Les Oxenberg & les Bernstein fut un événement en Roumanie, ainsi qu’en Allemagne où l’on a salué sa très grande originalité et sa force narrative imparable pour évoquer l’un des plus grands tabous de l’histoire roumaine contemporaine, le pogrom de Iaşi.

Mon avis

Deux familles juives, à deux époques différentes et à deux endroits différents de la Terre. Celle qui vit dans un pays libre s’amuse de ce que les préjugés nomment caractéristiques de la judéité, en caricaturant les comportements qu’on leur prête. L’autre est brimée et risque la mort en raison de cette même judéité.

29 juin 2001. Roumanie. Le patron de Sânziana lui demande de servir de guide à deux Juifs américains : Dora Bernstein et son fils, Ben. Lorsque ce dernier découvre que la jeune fille est douée pour transformer les vêtements, il lui propose un contrat de trois mois, dans l’entreprise familiale, Bernstein Vintage Ltd, dont la spécialité est la vente de produits de seconde main. Elle accepte et le suit à Washington. Sa tâche, qui devient définitive lorsqu’elle épouse Ben, est de gérer les relations avec la Roumanie.

Celle qui est appelée Suzy, par sa belle-famille, indique avoir confié à Cătălin Mihulea, l’auteur de ce roman (car c’est une fiction), la mission de raconter son vécu, ainsi que l’histoire des Oxenberg, qui lui a été offerte. Cette famille vivait en Roumanie et ce livre relate leur existence pendant les années 1930/1940.

Alors que les persécutions antisémites se multipliaient, que les brimades s’intensifiaient et que les droits des Juifs diminuaient, Jacques et Roza Oxenberg n’ont pas anticipé le danger. Lui était un gynécologue réputé : il pratiquait des césariennes que les riches de Iași payaient généreusement. Son épouse se pensait, elle aussi, à l’abri des exactions, en raison des textes roumains qu’elle traduisait en allemand. Ce couple avait deux enfants : un petit garçon débrouillard, Lev, et une petite fille, très sensible, Golda. Mais, le 27 juin 1941, ils ont été confrontés à l’horreur absolue : le pogrom de Iași. L’auteur décrit des scènes insoutenables de barbarie. 13 266 Juifs sur près de 50 000 trouvent la mort. « Presque tous les adultes juifs sont massacrés au cours de ce pogrom. » Suzy a été étudiante dans cette ville et n’en a jamais entendu parler.

Ce massacre est peu connu, car l’Etat roumain a œuvré pour qu’il tombe dans l’oubli. Il a fallu attendre 2004 pour qu’il reconnaisse sa responsabilité. Pour décrire les évènements, Cătălin Mihuleac alterne des passages vibrants avec d’autres qui donnent une impression de volonté de retirer le tragique à l’atrocité. Cela a pour effet de nous faire ressentir l’humanité des victimes. La souffrance que j’ai éprouvée en a été encore plus violente, plus brute et a été exacerbée par ce qui n’est pas exprimé. 

L’auteur manie à la perfection le changement de ton. Lorsque les faits sont horribles, le caustique et la dérision succèdent à l’émotion, pour permettre au lecteur de ne pas sombrer. A d’autres moments, c’est le poétique et la sensibilité qui surgissent. Les petits canards en caoutchouc qui apparaissent, régulièrement, en sont une illustration émouvante. Puis, c’est le rire qui prend le relais. En effet, Suzy et Dora sont des femmes de caractère, au franc-parler, qui maîtrisent l’ironie. Elles sont à l’origine de scènes savoureuses. L’humour est, également, présent lors des tragédies.

Les Oxenberg & les Bernstein est un magnifique roman écrit sur ton original. Il m’a bouleversée.

Je remercie sincèrement Babelio, NetgalleyFrance et les Éditions Noir sur Blanc pour ce service presse. Le confinement ayant tout chamboulé, j’ai reçu ce titre en papier et en numérique.

2 commentaires

  1. Pourquoi je ne suis pas étonnée qu’il t’ait chamboulée Lieutenant Complice. Les exactions, y’en a marre. Plus jamais ça.
    Merci pour cette chronique avec laquelle tu rends hommage à ces pauvres gens qui sont encore des oubliés de l’Histoire. 🙏😭

    Aimé par 1 personne

    1. Coucou ma complice,

      Ce sont des thèmes qui nous touchent beaucoup, toi et moi.
      C’est effarant de constater qu’il y a encore des oubliés de l’Histoire.

      Bisous 😘

      J'aime

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