Le Zéro et l’Infini, Arthur Koestler

Le Zéro et l’Infini

Arthur Koestler

Editions Calmann-Lévy

Traduction de Olivier Mannoni

Quatrième de couverture

Ce chef-d’oeuvre de la littérature du xxe siècle brosse un portrait incisif et sans fard de la conscience de l’homme sous un régime totalitaire. Plus de soixante-dix ans après sa première publication en France, Le Zéro et l’Infini est enfin traduit d’après le manuscrit original, retrouvé en 2015.
Cette nouvelle édition d’un des plus grands textes sur la violence politique marque un événement littéraire majeur.

Mon avis

Arthur Koestler a écrit Le Zéro et l’Infini de l’été 1938 au printemps 1940. Alors qu’il était parvenu à la moitié, il a été enfermé dans un camp par la police française, qui le suspectait d’être un agent soviétique. Il continua à écrire pendant son internement. Il fut libéré par manque de preuve, mais assigné à résidence à Paris. Dans la France en guerre, il était dangereux de publier un livre. Aussi, sa jeune compagne anglaise, Daphne Hardy, traduisit le manuscrit en anglais, au fur et à mesure de l’écriture, et l’envoya à Londres, où il parut en 1940. Il fut édité et traduit à partir de la version anglaise, en France, par les Éditions Calmann-Lévy, en 1945. Le texte original était considéré perdu depuis l’invasion des troupes allemandes. Or, en 2015, Matthias Wessel, un germaniste de Kassel, a découvert la version originale à la Bibliothèque centrale de Zurich. Celle-ci a été publiée en 2018, en Allemagne. En 2022, les Éditions Calmann-Lévy publient Le Zéro et l’Infini à partir du manuscrit original, pour la première fois. Une préface de Michael Scammell décrit le contexte du travail de Arthur Koestler, les raisons de sa traduction en anglais et les analyses qui ont été faites de cet ouvrage.

L’exergue indique que « Les personnages de ce roman sont fictifs. Les données historiques qui régissent leur action sont réelles. Le destin de l’homme N. S. Roubachov est composé à partir des destins d’un certain nombre d’hommes qui ont été les victimes de ce que l’on a appelé les « procès de Moscou ». Quelques-uns d’entre eux étaient des relations personnelles de l’auteur. C’est à leur mémoire qu’est dédié ce livre. 

Paris, mars 1940 »

En effet, même si le pays n’est jamais nommé, nous comprenons très vite que l’histoire se déroule en Union Soviétique et qu’elle est inspirée des purges staliniennes. Elle commence avec l’arrestation de Nicolas Roubachov, accusé de trahison envers le parti. Le nom du chef du parti n’est jamais dit, il apparaît sous le nom de « N°1 ». Le prisonnier anticipe les prochains évènements : il a lui-même été l’instigateur des méthodes employées par ce régime totalitaire. Son arrivée ne laisse pas indifférents les autres détenus. Même s’ils n’ont pas le droit de communiquer, ils parviennent à le faire en frappant, contre le mur, des messages à l’aide de l’alphabet quadratique.

Roubachov marche dans sa geôle et réfléchit aux éléments qui l’ont conduit à être sacrifié au nom de l’idéologie. Ses déambulations sont interrompues par des interrogatoires, destinés à lui faire avouer n’importe quelle faute qui le conduira à la mort. Privé de sommeil, aveuglé par une lumière, il connaît l’issue de ce simulacre de justice. Les méthodes l’obligent à s’accuser, seule l’Histoire le réhabilitera peut-être. Il avait un rôle important au sein de ce système dans lequel le JE n’existe pas et qui s’est retourné contre lui.

Arthur Koestler était un communiste fervent. Après son arrestation, en 1937, en Espagne, où il a risqué l’exécution, il s’est interrogé sur les procès de personnages importants du parti, qui avaient avoué de crimes qu’ils n’avaient pas commis, au nom desquels ils ont été tués. Le Zéro et l’Infini est le fruit de ses réflexions, étoffées par son expérience, il est une dénonciation du régime totalitaire soviétique. Il démontre de quelle manière un peuple se retrouve assujetti à une personne, sans possibilité de se révolter. Il n’est pas seulement une image du passé, mais une partie de l’analyse de celle du présent. C’est un livre puissant sur l’obscurantisme, qui résonne, hélas, encore très fort, aujourd’hui.

Je remercie sincèrement Doriane des Éditions Calmann-Lévy pour ce service presse.

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