L’Amanticide, Anne Gallois

L’Amanticide

Anne Gallois

Editions de Borée

Quatrième de couverture

Hélène, la quarantaine, est en prison. Elle y purge une peine de vingt ans pour le meurtre, avec préméditation, de son amant et n’a jamais cessé de clamer son innocence. Une histoire tristement banale, de celles que l’on trouve à la page « faits divers » de nos quotidiens. Et si la lente et inévitable chute se nichait précisément au coeur de cette banalité ? Et si nous pouvons frôler ou flirter avec le point de bascule, avons nous tous la capacité de le franchir ? C’est au cours de séances de parloir oppressantes que la narratrice tentera d’obtenir des réponses.

Mon avis

La narratrice est attirée par les faits-divers et assiste, régulièrement, à des procès. Elle tente de comprendre ce qui différencie le passage à l’acte de la simple pensée meurtrière. Elle-même aurait pu basculer…

Lorsqu’elle apprend l’histoire d’Hélène Morel, elle est fascinée « par le portrait de la meurtrière, apparemment normale et pourtant capable d’un tel acte. » (p. 12) Le psychiatre a relevé cette contradiction : « Cette affaire est d’une banalité consternante ». (p. 12) L’accusée purge une peine de vingt ans. La narratrice décide de la rencontrer. Elle se fait passer pour une journaliste. Hélène Morel clame son innocence. Elle justifie l’engrenage pour lequel elle a été condamnée par sa peur de vieillir.

Aide-soignante à domicile, mariée à Éric (propriétaire d’une entreprise florissante) et mère deux enfants, Hélène s’ennuyait. Un amant n’a pas permis de combler son manque de confiance en elle, bien au contraire : elle a perdu pied. Elle s’est enlisée dans les mensonges, pour se prouver qu’elle existait, et la situation a dérapé. Dans un journal, son affaire a été citée par ce titre : « L’amanticide », car la victime était son amant.

Pendant son procès, sa personnalité a été déterminante et a semblé peser plus que ses actes. Les jurés ne lui ont pas pardonné sa duplicité. Elle accepte de rencontrer la narratrice au cours de parloirs oppressants pour cette dernière, qui lutte contre sa peur de l’enfermement. L’envie de comprendre le moment de basculement l’oblige à se confronter à ses angoisses. Aurait-elle pu être cette femme ?

Je ne me suis retrouvée ni dans le profil d’Hélène, ni dans celui de son interlocutrice. Je les ai entendues, mais je n’ai ressenti aucune empathie, envers l’une ou l’autre. L’une est accusée d’avoir tué, l’autre conçoit qu’elle aurait pu le faire, si quelque chose ne l’avait pas retenue. C’est cette différence que la deuxième cherche à analyser. Peut-être que si les motivations de la narratrice n’avaient pas été aussi personnelles, j’aurais peut-être mieux compris la démarche. Dans ce cadre, elle m’a paru relever de l’intime. Je n’ai jamais approché cette frontière, aussi, je me suis tenue à distance des échanges. J’ai eu l’impression d’être voyeuse, sans être concernée.

J’ai, cependant, été sensible aux douleurs ressenties par Hélène depuis son enfance. Le manque d’estime de soi conduit, parfois, à des attitudes destructrices. Son histoire montre que des mots, apparemment anodins, peuvent influer, de manière terrible, un destin. Ils peuvent mener à des attitudes d’évitement de l’échec et museler des vocations. J’ai, aussi, aimé l’écriture fluide et rythmée : le ton est celui de la conversation. Sans me sentir touchée par le sujet (alors que la quatrième de couverture me suggérait le contraire), j’ai apprécié ce livre en raison de la vivacité de la plume, qui rend la lecture agréable.

Je remercie sincèrement Virginie des Éditions de Borée pour ce service presse.

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