Deux Grains de sucre, un soupçon de secret, Brigitte Piedfert

Deux Grains de sucre, un soupçon de secret
Brigitte Piedfert
Editions Calmann-Lévy
Collection Territoires

Quatrième de couverture

Quand le crime conspire contre l’innocence à Rouen au temps de Corneille.
Rouen, 1632. Simon del Prado, jeune maître confiseur, est choisi par les édiles de la ville pour composer la création sucrée qui sera offerte au roi Louis XIII à l’occasion de sa visite prochaine en Normandie. Cette consécration ne manque pas d’exciter la jalousie d’Adrien de Mèchefeux, négociant influent, qui voit d’un mauvais oeil l’amitié que porte à Simon le premier échevin, dont il convoite la fille, Adeline.
Simon n’a pas le temps de fêter son succès qu’il découvre que la cargaison de sucre en provenance du Nouveau Monde sur laquelle il comptait a été mystérieusement saccagée à son arrivée au port.
Pour pouvoir exécuter sa commande, il lui faut s’approvisionner chez son ancien maître d’apprentissage, Salvador, un juif converti ayant fui les persécutions en Espagne, et qu’une cabale a relégué loin de Rouen.
Démarche funeste, car elle va précipiter Simon, lui-même un converso, dans les griffes de l’Inquisition…

Mon avis

Toute la ville de Rouen ne parle que de la future visite du roi Louis XIII, prévue à l’été 1633. Pour honorer la présence du couple royal, en Normandie, la ville a décidé de lui offrir « une monumentale et spectaculaire réalisation sucrée ». En octobre 1632, les édiles ont choisi le maître confiseur chargé de ce défi. Il s’agit de Simon del Prado. Hélas, cette consécration attire les jalousies, en particulier celle d’Adrien de Mèchefeux. Ce riche négociant en teintures reproche au conseil d’avoir nommé un Espagnol de vingt-cinq ans, « alors que Rouen […] regorge de générations de confiseurs normands confirmés de longue date » (p. 20).

Alberto est très fier de la réussite de son petit-fils. Cependant, il le met en garde. Il lui rappelle que d’autres avant eux ont été victimes de l’animosité des commerçants rouennais. C’est lui qui a élevé Simon, à la mort de ses parents ; il l’a emmené en France, pour fuir l’Inquisition espagnole. Hélas, le maître confiseur comprend que les doutes de son grand-père sont fondés : les sacs de sa cargaison de sucre ont été éventrés, un mystérieux incendie a, ensuite, détruit sa réserve et semé la mort. De plus, Alberto a reconnu les deux hommes vêtus de noir de qui s’est rapproché Adrien de Mèchefeux : ce sont deux prêtres de l’Inquisition.

Le négociant en teintures accuse les commerçants ibériques de remporter, de manière déloyale, les marchés qui reviennent de droit aux Normands. Il est déterminé à évincer les hommes de la nation : « cette appellation désigne les exilés juifs espagnols ou portugais […] ; autrefois convertis de force au catholicisme, ils sont soupçonnés de judaïser en secret » (p. 68). Alors qu’il n’est pas en concurrence avec lui, il voue une haine tenace à Simon. Ce dernier bénéficie de la confiance du premier échevin et de l’amitié des enfants de celui-ci : Gabin et Adeline. La jeune fille semble charmée par le maître confiseur. Or, Adrien de Mèchefeux projette de l’épouser pour unir leurs fortunes.

Ce roman retrace cette période funeste de l’Inquisition. Il raconte le destin de ceux qui ont quitté l’Espagne, pour échapper à la torture et à la mort. Hélas, leurs ennemis les ont suivis dans leur exil. Il explique qu’ils ont été forcés, pour rester en vie, de se convertir. Ils n’ont pas renié leur foi, mais ont dû s’entourer de secret et de mesures de sécurité. Ils ont bénéficié de protections improbables. Malheureusement, le climat de terreur était un moyen efficace d’éliminer un ennemi. Le récit des persécutions dont étaient victimes les fidèles à la loi de Moïse m’a ébranlée. Leur souffrance est décrite avec émotion. Il est douloureux de se souvenir que ces persécutions ont traversé les siècles et perdurent encore.

Deux Grains de sucre, un soupçon de secret est, également, une magnifique immersion dans le monde de la confiserie. Simon est passionné par son art, qui mêle le goût à l’esthétique. J’ai été captivée par ses essais et sa recherche de perfection. Il est attentif à chaque détail, pour que le plaisir des yeux soit aussi grand que celui de la bouche. Sa composition du chariot royal comporte de nombreux symboles, chaque élément est un hommage au roi et à la reine et nécessite de nombreuses tentatives : il faut choisir les bons ingrédients, le bon dosage, etc. J’ai eu les papilles en éveil.

Enfin, je me suis attachée aux personnages : à Simon, évidemment, mais aussi à son entourage. Le vécu de son grand-père m’a émue, ainsi que sa dignité, son abnégation, son courage, son humilité et la justesse de sa perception des évènements. J’ai été touchée par les gamins qui apportent leur aide à notre héros. J’ai aimé Adeline et Gabin : leur amitié est sincère et dépasse les barrières de la condition sociale. J’ai adoré ce roman captivant.

Je remercie sincèrement Doriane des Éditions Calmann-Lévy pour cette superbe box :

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