Les ailes collées, Sophie de Baere

Les ailes collées

Sophie de Baere

Editions JC Lattès

Quatrième de couverture

« Sa poésie à Paul, c’était Joseph. Et Joseph n’était plus là. »  

Suis-je passé à côté de ma vie ? C’est la question qui éclabousse Paul lorsque, le jour de son mariage,  il retrouve Joseph, un ami perdu de vue depuis vingt ans.
Et c’est l’été 1983 qui ressurgit soudain. Celui des débuts  flamboyants et des premiers renoncements. Avant que la violence des autres fonde sur lui et bouleverse à jamais son  existence et celle des siens.

Roman incandescent sur la complexité et la force des  liens filiaux et amoureux, Les ailes collées explore, avec une  sensibilité rare, ce qui aurait pu être et ce qui pourrait  renaître.

Mon avis

17 mai 2003, Paul épouse Ana. Cette dernière lui a réservé une surprise. Elle lui demande de fermer les yeux. Quand il les ouvre, ils sont tous là. Tous, ce sont ces êtres avec qui il partage des souvenirs. Ce sont ses amis : ceux de l’école de danse, ses collègues enseignants, ses anciens voisins, son ami d’école primaire. Et parmi eux, il y a Joseph, qu’il n’a pas vu depuis près de vingt ans. « Paul écoute le chant surgissant du passé » (p. 14), celui de l’été 1983, celui de la rencontre entre Joseph et lui.

Dès le début du roman, j’ai senti que l’auteure allait me bousculer, me raconter une histoire douloureuse, me montrer que l’humain est cruel et que «la vie est quelquefois obscène » (p. 202). Paul raconte les douleurs de l’enfance, au sein d’un foyer déchiré. Il revit les émois de l’adolescence, période à laquelle on aspire autant à se cacher qu’à être remarqué. A cet âge, chaque différence est une entaille dans l’acceptation ; certaines d’entre elles gravent des marques profondes et laissent des cicatrices irréversibles : un bégaiement, une inclination, un geste, un élan, etc… et la foule se déchaîne. Le silence fait aussi mal que les mots, l’impassibilité détruit autant que les coups. La fusion des violences, des blessures et des attentes mène à une explosion intérieure, qui conduit elle-même à la destruction. Parfois, les sentiments s’expriment dans ce qui est tu, les preuves se dissimulent dans ce qui n’est pas su par celui qui espère un signe. L’immobilisme peut n’être qu’apparent, la froideur n’est pas toujours le miroir des sentiments, mais pour celui qui en est l’objet, cela fait mal.

L’existence de Paul a vacillé en une soirée. Avec sensibilité, Sophie de Baere décrit l’ouragan qui s’est abattu sur lui. Une douleur en a entraîné une autre, tel un engrenage sans fin. Hélas, lorsque la foudre s’est abattue, ses repères étaient déjà fragiles et sa confiance en lui était déjà ébréchée. De plus, ceux qui auraient dû l’aider, se sont retirés de la scène, les victimes sont devenues coupables et les adultes ont démissionné.

Pourtant, au sein de cette détresse, l’amour est présent. Il est amoureux, amical, familial, charnel, maladroit, empêtré, enfoui ; il est, également, incandescent, superbe, véritable et profond. Il laisse des stigmates, mais aussi des émotions et des souvenirs passionnés. Les ailes collées se détachent et permettent de s’envoler, puis de se poser là où on doit être.

Pendant ma lecture, j’ai eu la sensation de vagues qui me transvasaient d’un rivage à l’autre. La mer était calme, ensuite le vent se levait, suivi de la tempête, puis l’immensité bleue s’apaisait, avant que le cycle ne reprenne. A la fin, avec un sentiment de nostalgie, j’ai rejoint la plage des coteaux, celle où Paul et Joseph se sont connus. Je n’avais pas envie de refermer ce roman, pour lequel j’ai eu un gros coup de cœur.

Je remercie sincèrement Sophie de Baere pour son témoignage de confiance et les Éditions JC Lattès pour ce service presse.

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