Une maison sur l’eau, Emuna Elon

Une maison sur l’eau

Emuna Elon

Éditions Albin Michel

Quatrième de couverture

Yoel Blum, célèbre auteur israélien, se rend à Amsterdam, sa ville natale, pour assurer la promotion de son nouveau roman, et ce en dépit de la promesse qu’il avait faite à sa mère de ne jamais y retourner. En visite au Musée historique juif, il voit un film d’archives où apparaît sa mère tenant un bébé qu’il ne reconnaît pas. Qui peut bien être cet enfant et pourquoi sa mère, aujourd’hui morte, ne lui en a-t-elle jamais parlé ?

Premier roman traduit en français d’Emuna Elon, écrivaine reconnue et primée en Israël, Une maison sur l’eau remonte le cours du passé et confronte le lecteur aux heures sombres d’Amsterdam, au fil d’un poignant voyage dans le temps et la mémoire. Une réflexion inoubliable sur l’identité et les origines.

« Une histoire d’amour, de perte et de désir. Ce conte passionné et passionnant est une réflexion sur la survie. » Kirkus Review

Traduit de l’hébreu par Katherine Werchowski

Mon avis

Yoel Blum est un célèbre écrivain israélien. Plusieurs fois par an, il se rend dans les pays dans lesquels ses livres sont traduits, mais il refuse d’aller aux Pays-Bas. Quand son troisième roman est publié, son agent décrète qu’il ne peut plus éviter ce voyage. A Amsterdam, il est « tourmenté par le remords d’avoir cédé » (p. 15), il trahit la promesse faite à sa mère : ne jamais retourner dans sa ville natale. Le lendemain de la rencontre avec ses lecteurs, il visite le Musée historique Juif, accompagné de son épouse. Sur un mur, des extraits de vieux films en noir et blanc sont projetés. Ces images bouleversent son existence : sa mère apparaît, au côté de son père, décédé quand Yoel était petit. L’homme tient une petite fille en laquelle il reconnaît sa sœur Néti. La femme a un bébé dans les bras : ce n’est pas l’écrivain. Qui est cet enfant inconnu ? 

A son retour en Israël, Yoel interroge sa sœur, qui lui fait quelques révélations. Une semaine après, il s’envole à nouveau pour la Hollande. « Grandit en lui l’assurance de trouver ici, à Amsterdam, les lettres de son histoire dont la combinaison donnera naissance aux mots. Néti ne peut que lui raconter le peu qu’elle sait et dont elle se souvient ; il tissera une nouvelle trame à partir de ces fils épars et irréguliers. » (p. 75). Il a emporté une pile de cahiers lignés vierges, ceux qu’il utilise pour écrire. Il ne partira pas tant qu’il n’aura pas bâti son nouveau roman. Tant qu’il n’aura pas écrit son histoire : la sienne, celle qu’il a vécue sans se souvenir.

Yoel marche dans les pas de sa mère qui n’est plus là pour lui raconter. Il rassemble des documents, déambule dans les rues, observe les lieux tels qu’ils sont aujourd’hui et il imagine ce qu’ils étaient pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il tente de reconstituer le passé, il apprivoise sa peur de mourir et il écrit. Il raconte la vie de Sonia, d’Eddy et de leurs deux enfants, ainsi que celle d’Anouk, de Martin et de leur fils. Le présent et le passé s’enroulent pour ne faire plus qu’un. D’un paragraphe à l’autre, la temporalité change. Comme un effet miroir, l’époque de l’Occupation transmet sa mémoire à celle actuelle : les deux se répondent.

« Sur cent quarante mille Juifs des Pays-Bas, seuls trente huit mille survivront à la guerre. Enfants compris » (p. 262).  L’obligation de se signaler, le « J » tamponné sur les papiers d’identité, l’obligation du port de l’étoile jaune, les lieux interdits aux Juifs, les lois antijuives, les convois vers les camps, les dénonciations, le rôle du judenrat dans les rafles : Yoel se confronte à ces années d’horreur. Il les livre telles qu’elles envahissent son esprit. Il ressent de quelle manière sa mère les a vécues et il comprend qui elle était. Il rencontre des personnes qui ont passé leur vie à chercher leur place : confiées à des familles qui les ont cachées, alors qu’elles étaient des enfants et qui n’ont jamais retrouvé leurs parents. Par sécurité, ces derniers ne devaient pas connaître le lieu où leurs petits étaient.

Yoel ne veut pas juger ceux qui ont trahi leurs proches. Il sait qu’il ne connaît pas la situation qu’ils vivaient, il sait qu’ils voulaient survivre. Avec douceur, poésie et émotion, Emuna Elon nous invite à la réflexion. Une femme explique que sa famille a été arrêtée parce qu’une autre famille s’était enfuie et que la police avait un quota à respecter. Que feriez-vous pour sauver votre enfant ? Cette question ne devrait pas se poser. Hélas, en raison de la folie meurtrière des nazis, certains ont été confrontés à des choix. Douloureux, horribles et inéluctables.

J’ai eu un énorme coup de cœur pour Une maison sur l’eau. Yoel s’est toujours tenu à distance des sentiments et des émotions. Pour ses proches, il est une « forteresse inexpugnable » (p. 55), pourtant, il m’a énormément émue et touchée. Ses remparts ne demandent qu’à être fissurés. Les premières brèches proviennent de la rencontre avec son passé. Les passages qui se déroulent pendant la guerre sont bouleversants. J’ai été ébranlée par ces hommes et ces femmes qui devaient lutter pour que leurs enfants vivent, j’ai été secouée par la sensation de ressentir leurs peurs et par la résonance des faits sur Yoel.

Je remercie sincèrement Claire et Alice des Éditions Albin Michel pour ce service presse.

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