La Femme de l’autre rive, Roger Faindt

La Femme de l’autre rive

Roger Faindt

Éditions de Borée

Quatrième de couverture

1936. Lucien, guitariste, s’engage dans les brigades internationales pour lutter contre le fascisme en Espagne. Blessé, il revient en Franche-Comté, y retrouve Alexandre, son ami luthier et fait la connaissance d’Estrella, une exilée espagnole d’obédience franquiste. Incapable de l’aimer et de lutter contre son envie de retrouver ses camarades révolutionnaires, Lucien repart. Chargé d’éliminer des civils nationalistes, il épargne alors la vie d’Elena et sauve une fillette de quelques mois. Deux événements qui fissurent ses certitudes…

Mon avis

1986. Alexandre pénètre dans la maison jaune, celle dans laquelle l’espoir avait commencé pour lui. Il avait rencontré Lucien, lors d’un récital de guitare que donnait ce dernier au profit des Petites Sœurs des pauvres. Ce soir-là, après des échanges au sujet de la musique, de la politique et de son métier de luthier, Alexandre avait évoqué ses difficultés financières. Le talentueux guitariste lui avait alors proposé une chambre chez lui, ainsi que des dépendances pour son atelier. Cinquante ans après, alors qu’ils ne se sont pas revus, Alexandre reçoit la maison en héritage et il raconte l’histoire de celui qui lui a donné un nouveau départ.

En 1936, Lucien est un jeune révolutionnaire français, engagé dans les Brigades internationales. Revenu d’Espagne, à la suite d’une blessure, il n’aspire qu’à rejoindre ses camarades de lutte contre le franquisme et il reproche à Alexandre d’être attentiste. Lors de son séjour, Lucien rencontre une cliente du luthier. Elle s’appelle Estrella et elle est belle. Hélas, fille de phalangiste, elle représente ce que combat le jeune homme et il lutte contre l’attirance qu’il ressent. 

1938. Balaguer. De retour en Espagne, il est obsédé par Estrella. « Elle était le fantôme de l’amour qu’il n’avait pas vécu avec elle » (p. 94). Il regrette de ne pas avoir fait l’amour avec elle. « Une fois leur désir consommé, il l’aurait oublié comme beaucoup d’autres » (p. 94). La brigade de Lucien est chargée d’éliminer les fascistes dans un village espagnol. Sa mission est de pénétrer dans les maisons et d’en tuer le plus grand nombre, grâce à une liste de gens hostiles à sa cause. « Pas de prisonniers fascistes. Pas de jugement. La mort. La mort, la même que celle qu’ils savent donner aux républicains » (p. 101). Lors de l’assaut, il suffit d’un regard pour qu’il épargne la vie d’une jeune femme. Pourquoi elle, et pas ses parents ? Puis, il sauve une petite fille de six mois. Il est alors interpellé par des soldats fascistes. Il doit son salut à une guitare… et à une femme : celle qu’il a soustraite à la mort. Ces évènements transforment le révolutionnaire. Ces certitudes s’effondrent, son intransigeance se fissure.

Obligé de quitter l’Espagne pour ne pas mourir, il se noie dans les aventures d’un soir, pour oublier. Pour oublier ce qu’il a vu et ce qu’il a fait. Pour ne plus penser à ses amis morts pour la liberté. Pour repousser la culpabilité des actes qu’il a perpétrés et la souffrance de n’avoir pu empêcher la dictature. A la fois sulfureux et généreux, goujat et respectueux, il ne sait comment maîtriser sa colère. Seule la musique la contient. Il est, également, attiré et révulsé par deux femmes, issues de familles adulant ce qu’il combat : le franquisme. Qui sont-elles réellement ? Partagent-elles les idées de leurs parents ? Il se perd dans d’autres lits. Il ne parvient plus à composer avec lui-même. « Parce que la mort est chez lui plus forte que la vie… » (p. 81), ses batailles l’ont suivi sur le sol français. Des exilés des deux camps s’y sont réfugiés en France et il devient la cible de ceux qu’il poursuit…

Dans ce roman, le mal et le bien se mêlent, dans un déchaînement de sensualité et de musicalité. Au nom de la liberté, peut-on assumer d’utiliser les mêmes méthodes que les dictateurs ? La quête de justice s’oppose aux actes commis en son nom. La guerre et l’amour se cherchent, se rejettent et se combattent. La musique précède la guerre, s’y invite et lui succède. Pendant longtemps, elle est la seule fidélité de Lucien. Ce roman est empli de références musicales et de citations littéraires, la beauté s’invite au sein de la barbarie ; tout est tourbillon : amours, convictions, responsabilités. L’engagement de Lucien s’inscrit dans un contexte historique douloureux et l’auteur, après avoir développé les éléments historiques, montre l’impact sur ses sentiments, sur sa personnalité et sur sa soif de ressentir la vie en affrontant la mort. La Femme de l’autre rive est un superbe roman intime et exalté, au sujet de cette période complexe de la guerre d’Espagne.

Je remercie sincèrement Virginie des Éditions de Borée pour ce service presse.

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