Ce pays qu’on appelle vivre, Ariane Bois

Ce pays qu’on appelle vivre

Ariane Bois

Editions Plon

Quatrième de couverture

Jeune caricaturiste de presse juif allemand, Leonard Stein est réfugié sur la Côte d’Azur, lorsque la guerre le rattrape à l’été 40. Arrêté par les gendarmes français, il est envoyé aux Milles, près d’Aix en Provence. Cette ancienne usine de tuiles peuplée d’un millier d’étrangers « indésirables » transformée en un effroyable camp d’internement est aussi paradoxalement un centre de culture et de création, rassemblant intellectuels et artistes de Max Ernst à Hans Bellmer.

En cherchant à s’échapper des Milles par tous les moyens, Leo fait la rencontre de Margot Keller, volontaire d’un réseau de sauvetage marseillais, dont il tombe éperdument amoureux. Alors que leurs efforts conjugués présagent la liberté, l’été 42 s’annonce, meurtrier et cruel. Le jeune couple décide de tenter l’impossible : sauver les enfants juifs de la déportation et rejoindre la résistance…

Dans la lignée du Gardien de nos frères, prix Wizo 2016, Ariane Bois signe un grand roman d’amour et de résistance et dresse le portrait de deux héros au courage prodigieux, pris dans l’enfer du plus grand camp d’internement et de déportation français de la zone sud, encore intact aujourd’hui et longtemps méconnu.

Mon avis

Printemps 1940. Comme près de cinq cents Allemands ayant fui le régime nazi, Léonard Stein vit à Sanary. Cela fait trois ans qu’il s’est réfugié en France, quand les gendarmes frappent à sa porte et l’emmènent aux Milles, près d’Aix en Provence. Dans cette ancienne usine de tuiles et de briques, transformée en camp d’internement, un millier de personnes sont emprisonnées. Ce sont essentiellement des Allemands, en majorité juifs et antinazis. Léo reconnaît certains de ses amis.

Léo multiplie les démarches pour être libéré. Il obtient la permission de se rendre à Marseille, une étape indispensable pour obtenir un visa. Il s’adresse à l’HICEM, l’association d’émigration juive, puis à tous les consulats. Hélas, de plus en plus de pays ferment leurs frontières. En dernier recours, il s’adresse au CAR, le Comité d’assistance aux réfugiés, qui gère des centres d’internement. C’est là qu’il rencontre Margot, qui s’occupe de mamans et d’enfants en danger. 

Tous deux tombent amoureux. Avec l’aide de Margot, Léo frappe à toutes les portes pour s’échapper du camp. Il s’accroche au moindre espoir. Hélas, les désillusions sont nombreuses et, en 1942, avec l’arrivée de femmes et d’enfants et la menace de déportations, ses espérances s’affaiblissent. Puis, Margot fait un geste fou, d’une abnégation terrible. Les deux jeunes amoureux tentent alors l’impossible pour sauver les petits.

Dans la première partie, Ariane Bois décrit les conditions terribles du camp, tenu par des Français. Elle décrit la débrouillardise pour survivre, la solidarité, les drames, mais aussi l’éclatement de la culture, sous différentes formes, pour laisser une trace, pour ne pas être oublié. Elle rend aussi hommage aux bénévoles et à des héros de tous pays qui ont tenté d’adoucir le quotidien et de sauver le plus de vies possibles. Des passages sont durs, mais illuminés par l’espoir d’une solution pour Léo.

Cependant, l’emprisonnement des femmes et des enfants a changé la teinte du récit. Les espérances ont été remplacées par mes larmes, qui ont coulé à plusieurs reprises. Au fil des arrivées dans le camp et des départs, l’émotion m’étreignait et je la ressentais dans ma chair. Les sacrifices des mères pour « redonner la vie » à leurs enfants, les épreuves affrontées par Léo et Margot et leur courage m’ont bouleversée. Plusieurs fois, j’ai été submergée par l’admiration et la détresse. Certains mots et certains actes d’humanité m’ont ébranlée. 

« Sous le soleil de Provence, au son des cigales, à l’ombre de l’oubli, dix mille hommes furent internés dans un bâtiment austère de brique rouge, dont mille neuf cent trente-sept furent déportés. » (p. 285) Ce pays qu’on appelle vivre est un poignant hommage à leur mémoire, ainsi qu’à celle de ceux qui ont tenté de les aider. J’ai eu un immense coup de cœur pour ce roman.

Je remercie sincèrement Constance des Éditions Plon pour ce service presse dédicacé.

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