Si le soleil se dérobe, Nicole Dennis-Benn

Si le soleil se dérobe

Nicole Dennis-Benn

Editions de l’Aube

Quatrième de couverture

Patsy est une jeune femme jamaïcaine, coincée entre une mère obsédée par la religion et une petite fille qu’elle ne sait pas tout à fait comment aimer. Son obsession est de quitter l’île pour l’Amérique, terre de libertés, et aussi – surtout ? – le pays où s’est exilée Cicely. La meilleure amie d’enfance, mais aussi l’amour secret, l’objet de tous les désirs. Cicely et Amérique se confondent dans l’esprit souvent torturé de Patsy, qui finit par obtenir un visa et traverse l’océan, laissant tout derrière elle.


Sauf que ni Cicely ni l’Amérique ne tiendront leurs promesses, et c’est une existence rude et violente qui attend Patsy. Une représentation obsédante de l’immigration et de la féminité, des fils silencieux de l’amour qui s’étendent à travers les années et les océans du monde entier.


Après Rends-moi fière, premier roman remarquable et remarqué lors de la dernière rentrée littéraire, Nicole Dennis-Benn revient avec un texte encore plus puissant, explorant des vies de femmes à la fois fêlées et courageuses, entre Jamaïque et Amérique. Magistral.

Mon avis

Patsy, une Jamaïquaine de vingt-huit ans, ne rêve que d’Amérique. Après plusieurs demandes de visa refusées, elle parvient à obtenir un visa touristique. Elle va enfin rejoindre Cicely, son amie exilée depuis plusieurs années. Pour elle et pour la vie que cette dernière lui a vendue, elle décide de tout abandonner : son île, sa mère, mais aussi Tru, sa fille de cinq ans. Elle sait qu’elle ne reviendra pas. Elle n’a jamais su être mère. Peut-être que le père de la petite fera mieux qu’elle.

Aux Etats-Unis, elle découvre que la réalité est différente de l’image qui peuplait ses pensées. Il n’y a pas de place pour Patsy dans la vie de Cicely et le pays n’est pas prêt à l‘accueillir. Sans papiers, elle ne peut prétendre qu’à certains emplois précaires et elle ne peut obtenir que des logements spartiates. Elle ne peut plus se rendre sur son île, car elle ne pourrait plus revenir à New York. Malgré les difficultés, elle garde l’espoir de connaître le rêve américain, celui que ne peut lui apporter la Jamaïque. Sa terre n’a que la misère et la soumission à offrir à une femme noire. Son pays d’accueil lui offre la liberté d’être celle qu’elle est vraiment. Même si la solitude et la culpabilité en sont le prix. La seule solution pour échapper à son existence clandestine serait ce qu’elle a fui : le mariage pour exister. Aussi, elle survit et ses désillusions deviennent oppressantes. Elle ne regarde pas en arrière. Elle pense à sa fille, mais n’est pas là pour elle. Elle préfère croire que la petite se construit mieux sans elle, sans chercher à savoir si elle ne se trompe pas. Elle s’enferre dans son choix initial et ne sait plus comment faire un pas, alors elle ne le fait pas. Elle n’est pas présente pour sa fille, mais elle élève les enfants des autres.

En raison de ma sensibilité de mère, j’aurais pu détester Patsy. Pourtant, même si j’ai haï son absence maternelle, je n’ai pas pu lui en vouloir complètement. L’auteure dresse le portrait d’une femme perdue et malheureuse, qui a cru à des promesses illusoires. Elle a fui une vie que la société jamaïcaine lui a imposée. Elle a vécu des épreuves qui ont eu des conséquences qu’elle n’a pas pu assumer. Elle a tenté de s’échapper du carcan qui enferme les femmes de son milieu de naissance. Ses chagrins et ses douleurs n’ont pas été entendus, aussi, elle m’a touchée.

Au début du livre, Tru fait des brèves apparitions. Au fur et à mesure que grandit le manque d’une mère et de repères, ses interventions sont plus fréquentes et plus longues. Refusant sa féminité qu’elle éteint, elle préfère les milieux masculins. Elle souffre, secrètement, de l’abandon de sa mère, elle n’a personne à qui confier sa colère, alors elle la retourne contre elle. Sa peine m’a émue. J’ai espéré des gestes à son encontre qui ne sont pas venus, j’aurais tant aimé la consoler.

J’ai eu un coup de cœur pour ce roman qui explore avec véracité et finesse, l’immigration, la condition féminine, la pauvreté, le racisme, l’homophobie et la quête d’identité. C’est brut et subtil, à la fois.

Je remercie sincèrement Babelio et les Éditions de l’aube pour cette masse critique privilégiée.

4 commentaires

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s