Les Filles de la section Caméléon, Martine Marie Muller

Les Filles de la section Caméléon
Martine Marie Muller
Editions Presses de la Cité
Collection Terres de France

Quatrième de couverture


3 août 1914. Le premier mort français de la guerre ne fut pas le fait d’un Allemand… mais d’une femme qui repoussait les assauts de son mari ! Sous le nom de Colline La Chance, celle-ci se réfugie à Amiens. Et elle sera la chance de la Citadelle, village abandonné que vont peupler deux cents femmes rejetées, filles mères, veuves… Là, sous la direction du peintre Scévola, chef de la toute nouvelle section Caméléon, et de ses décorateurs de théâtre, elles vont devenir expertes dans l’art naissant du camouflage qui doit épargner la vie des soldats, en fabriquant faux arbres, fausses vaches, faux chevaux, vestes « caméléon ».


C’est toute la vie de cette communauté d’ouvrières solidaires, gouailleuses, émouvantes que l’on découvre autour de Colline. Elles réapprennent à aimer, à survivre, à retrouver l’estime d’elles-mêmes au milieu des surprises de l’existence… Comme l’arrivée d’un chien, un certain Rintintin…


Une histoire vraie, magnifique, qui célèbre des oubliées de l’Histoire.

Mon avis

Le 2 août 1914, le tocsin sonne. Une femme se fige. Elle refuse, qu’avant de partir à la guerre, son mari lui impose un viol de plus. Alors qu’il s’approche d’elle, le pantalon baissé, elle le menace de le tuer. Il continue à s’avancer. « Elle saisit le Christ, en croix sur son pied de bronze. […] Coup de massue sur la tempe gauche. » (p. 14) Elle prend quelques bagages et s’enfuit. Arrivée à Amiens, à 200 km de chez elle, elle se fait embaucher à l’usine des Velours Cosserat, sous le nom de Colline La Chance. Le 24 août, des réfugiés déferlent dans la ville et l’entreprise ferme.

Après des mois de survie difficile, le 20 avril 1915, elle se présente à la Citadelle, avec une trentaine de ses anciennes collègues. Dans ce village abandonné, deux cents femmes ont été recrutées pour effectuer un travail de peinture et de moulage pour une arme secrète. Elles sont veuves, filles mères, rejetées ou elles fuient leur passé. Elles sont venues parce que la paye est « supérieure d’un franc par jour au salaire des manufactures et que le logement (est) gratuit. » (p. 94) Elles intègrent la section Caméléon chargée, sous la direction du peintre Scévola et de deux décorateurs de théâtre, de fabriquer des faux éléments de paysage pour tromper l’ennemi allemand. Elles fabriquent des faux arbres, des fausses vaches, etc. pour cacher les soldats.

Alors qu’elles prennent possession des lieux, elles découvrent que le confort est spartiate. Elles se regroupent alors en communauté. Au départ, elles réclament des matelas, une pièce pour se laver, etc. Ensuite, guidées par Colline, elles font revivre le village. Leurs personnalités sont différentes, mais elles sont toutes motivées par le désir de survivre et d’aider à la protection de leurs fils, de leurs pères ou de leurs frères qui se battent sur le front. Timides ou au caractère affirmé, elles trouvent toutes leur place. Elles sont solidaires et malgré la guerre, certaines vivent les plus beaux moments de leur vie. Leur mission leur redonne confiance en elle et l’amitié les réconforte. Lorsque l’une est menacée, elles font front. Quand le chagrin s’abat sur une autre, elles l’entourent de soutien. Elles se réjouissent des bonheurs des unes et espèrent pour les autres. Elles sont très attachantes.

Les sections Caméléon sont méconnues de l’Histoire. Les filles de la section Caméléon raconte l’histoire de ces femmes qui ont œuvré secrètement pour l’effort de guerre. Lucien Scévola, Louis Bérard, Émile Bertin et Joseph Pinchon, le créateur de Bécassine, mais aussi le chien Rintintin ont véritablement existé. Dans ce roman, ces hommes encadrent le travail des personnages imaginaires de la Citadelle. Martine Marie Muller a brillamment mêlé la réalité à la fiction. Elle rend hommage à ces femmes et à ces hommes, parfois considérés comme « planqués » après la guerre, mais qui ont, par leur art, permis d’épargner des vies. J’ai été passionnée par le récit de cette mission de camouflage que je ne connaissais pas.

Ce roman est, également, une très belle histoire de femmes. Colline et ses amies sont émouvantes et leur parcours montre la domination masculine, que seule la guerre a permis d’éloigner. J’ai été touchée par leur solidarité, j’ai applaudi leurs talents d’organisation, j’ai été saisie par leurs espoirs, leurs doutes et leurs épreuves et j’ai été emportée par leurs joies. J’ai adoré Les filles de la section Caméléon.

Je remercie sincèrement Marie-Jeanne et Clarisse pour ce service presse.

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