Le Loup blanc et le diable, Christian Lanza

Le Loup blanc et le diable
Christian Lanza
Editions Favre

Quatrième de couverture

« Mon corps, et non ma tête, savait que j’entrais dans une maison où des événements terribles coloreraient de noir les années les plus sombres de ma vie. »

En 1961, Jérôme Achard, un petit garnement d’à peine douze ans, est envoyé au séminaire catholique sur les conseils du curé de la paroisse, afin de mater son esprit récalcitrant et le soustraire à ses mauvaises fréquentations.

Lorsque l’un de ses enseignants est sauvagement assassiné, ni les prêtres ni les élèves ne peuvent imaginer que d’autres crimes encore plus épouvantables vont suivre. La police mènera une enquête difficile, ponctuée par le non-lieu du juge d’instruction.

Près de 50 ans plus tard, Jérôme Achard, devenu professeur et directeur de collège, retrouve les anciens camarades de classe de son adolescence. Ensemble, réunis dans le chalet de l’un d’entre eux, ils cherchent à mieux comprendre ce qui s’est produit à cette époque funeste. Leur rencontre va être le théâtre d’intenses révélations.

Dans ce roman largement autobiographique, à la fois émouvant et saisissant, l’auteur mêle son propre vécu à une intrigue policière imaginaire pleine de suspense, destinée à régler ses comptes avec un passé cruel.

Mon avis

En 1961, Jérôme Achard a douze ans et vit dans un quartier populaire de Genève. Un peu turbulent, il multiplie les facéties. Son vieil instituteur, proche de la retraite, ne supporte plus les enfants et devient la cible de leurs bêtises. Aussi, lorsque Jérôme est renvoyé de l’école, pendant une semaine, ses parents sollicitent les conseils du curé de la paroisse. Celui-ci leur propose d’inscrire leur fils au petit séminaire. Il est persuadé que l’enfant peut devenir un bon prêtre s’il est séparé de ses mauvaises fréquentations.

En 2020, âgé de soixante et onze ans, Jérôme se souvient parfaitement de cette première journée qui marque le début des années les plus pénibles de sa vie. Il se rappelle ce premier soir : il a « intégré le concept de haine » (p. 25). Alors qu’il se tenait debout sur son lit, l’abbé Garido lui « envoya une gifle magistrale qui (le) coucha par terre ». (p. 25) Trois petits coups sur la cloison, comme pour signifier un soutien, sont gravés dans son cœur ; ils correspondent aux premiers moments de camaraderie avec celui qui est devenu son meilleur ami : Jean-Marc.

Cinquante ans après cette première rencontre, Jérôme reçoit une lettre de celui qui a été, durant ces six ans au Séminaire, comme un frère pour lui. Jean-Marc a décidé de réunir la bande de six garçons qu’ils formaient pendant leurs six années d’études. Il souhaite revenir sur les évènements qui ont ensanglanté leur jeunesse. Il leur propose de percer le mystère de la série de meurtres qui a ponctué leur scolarité. Elle a commencé par la mort sauvage d’un abbé. Au départ, ils n’imaginaient pas qu’elle serait suivie d’autres crimes. La peur a envahi les dortoirs et ils se sont retrouvés au cœur de l’enquête. Hélas, la justice n’a pas rempli son rôle.

En avertissement, l’auteur indique qu’il s’est inspiré de ses années d’internat. Ce récit est un exutoire des violences subies et observées. Il a été témoin d’actes de pédophilie et du silence de l’Eglise à propos de ces crimes. Il précise que Le loup blanc et le diable lui a « permis de vaincre les fantômes du passé ». Quant aux faits qui transforment son témoignage en thriller, ils sont fictifs. Aussi, ce livre est un mélange de roman et de suspense. Il dénonce des actes criminels, dont certains trouvent leur réponse dans une mort barbare. Il interpelle notre désir de punition. Hélas, certaines victimes sont innocentes. Aussi, la tension s’amplifie, puisque le tueur ne répond à aucune logique évidente, malgré les messages codés qu’il sème sur les scènes de crimes. Même ceux à qui nous nous sommes attachés sont en danger. Nous enquêtons, nous nous attardons sur les indices, nous analysons chaque parole et chaque geste, nous soupçonnons chaque personnage, les uns après les autres, nous sursautons à chaque retournement de situation, nous effaçons nos doutes pour les réveiller quelques pages plus tard, puis les révélations finales nous surprennent.

Cependant, ce livre ne se résume pas à sa part de thriller. Il est aussi, un roman poignant, sur la douleur de ceux qui ont été victimes de crimes sexuels et de maltraitance par les adultes qui devaient les protéger. Il raconte la douleur de ceux qui ont subi ces horreurs et de ceux qui culpabilisent de ne pas avoir pu les empêcher, en raison de leur âge. Il dénonce les représentants de l’Eglise et de la justice qui choisissent d’étouffer ces scandales.

Malgré ces thèmes douloureux, ce roman contient une part d’insouciance, qui réjouit le cœur. En effet, les bêtises de ces gamins font sourire, leur amitié est source d’espérance et l’alternance du passé et du présent rassure sur leur devenir. Le ton choisi, parfois humoristique, permet de ne pas être envahi par la souffrance, il rappelle que les violences vécues ne nous définissent pas et témoigne de cette force qui guide la recherche de joie, de ce besoin de se raccrocher aux petits bonheurs.

J’ai adoré ce suspense émouvant.

Je remercie sincèrement les Éditions Favre et l’agence Gilles Paris pour ce service presse.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s