Le mont Blanc se souviendra des hirondelles, Alain Pyre

Le mont Blanc se souviendra des hirondelles

Alain Pyre

Editions de Borée

Collection Terres d’écriture

Quatrième de couverture

Nathalie est la mère comblée d’un unique fils, Mathieu, étudiant brillant promis à une belle carrière d’avocat jusqu’à ce que ce dernier trouve la mort dans un accident de montagne pendant l’été 2012. Instantanément, Nathalie tient Léa Lambert, la compagne de ce fils adoré, pour responsable. N’ayant jamais accepté la jeune femme et encouragé par divers moyens son fils à mettre un terme à leur relation, elle accuse Léa d’avoir entrainé son fils dans une ascension trop difficile et surtout, ne supporte pas qu’elle ait survécu. 
Anéantie, incapable de faire son deuil, Nathalie ressasse et nourrit sa rancoeur jusqu’au confinement général du printemps 2020 où elle retrouve Léa Lambert sur Facebook. Non seulement celle-ci a l’indécence d’y étaler sa joie de vivre mais en plus, elle y parle de son projet pour l’été : une randonnée alpine autour de la Mer de Glace. La haine de Nathalie entre en éruption ! Elle doit agir, venger son fils et tous les rêves qu’elle avait bâtis pour lui.

Mon avis

Il y a huit ans, Mathieu est mort en montagne. Depuis ce drame, sa mère, Isabelle, nourrit une haine envers Léa, la compagne de son fils, qu’elle tient pour responsable de l’accident. Toutes deux ne se sont jamais rencontrées, car Isabelle n’acceptait pas cette relation. Remplie de préjugés, elle estimait que la jeune femme ne correspondait pas à son fils. Pendant le confinement du printemps 2020, elle trouve le compte Facebook de Léa. Sa haine ne s’éteint pas : les publications illustrent le bonheur et la joie de vivre. L’une d’elles indique que Léa projette une randonnée alpine autour de la Mer de Glace. Isabelle décide d’intégrer le groupe et s’y inscrit sous une fausse identité : Nathalie. Elle est déterminée à se venger de la mort de son fils.

Rien n’est plus terrible que de perdre son enfant. Aussi, nous comprenons le chagrin d’Isabelle. Nous éprouvons de la compassion pour elle, alors que son dessein est horrible. Cependant, nous ne pouvons approuver ses projets et nous tremblons autant pour elle que pour sa proie. Nous apprenons à connaître cette dernière à travers le regard d’Isabelle et de celui d’un autre membre du groupe. Évidemment, leurs perceptions diffèrent. Isabelle/Nathalie peut-elle entendre que se venger n’adoucira pas sa peine ? Est-il encore possible de l’arrêter ?

Telle une dynamique de groupe, en tant qu’observateur extérieur, nous accédons aux pensées de tous les protagonistes et analysons chaque parole et chaque acte, par les pensées et les sentiments que nous leur connaissons. Nous savons que les éléments ne sont pas le danger le plus grand, que celui-ci se situe au sein des humains. Nous tremblons pour la victime potentielle, mais aussi pour celle qui souffre tant, qu’elle est prête à tout pour trouver une paix utopique. Nous décortiquons chaque mot, chaque sourire de façade, chaque rapprochement, etc. Nous aimerions que chacun possède les mêmes clefs que nous, peut-être que certaines confidences pourraient désamorcer la situation. Nous nous sentons impuissants et espérons que d’autres réussiront ce que nous ne pouvons accomplir.

Alors que l’intrigue évoque la noirceur, notre esprit se remplit d’images de blanc, de lumière, de couchers et de levers de soleil, de couleurs magnifiques, etc. En effet, les passages au sujet de la montagne sont sublimes. Les éléments sont des personnages à part entière, ils jouent un rôle, parfois bienvenu, parfois angoissant, comme si la nature accompagnait le drame qui se prépare. Nous basculons de l’angoisse à l’éblouissement, de la tendresse à la peine. Si vous aimez les descriptions poétiques et être immergés dans le décor, vous serez comblés. Mais n’oubliez pas l’enjeu principal de cette randonnée de plusieurs jours. Nathalie, elle, y pense tout le temps.

J’ai beaucoup aimé Le Mont Blanc se souviendra des hirondelles. J’ai apprécié que, comme dans L’empreinte du loup (ma chronique est ICI), Alain Pyre nous invite à écouter le cœur de chacun. Il ne nous demande pas de juger, mais d’entendre. Il montre qu’un sourire peut cacher une douleur, que la souffrance a besoin de coupables et que l’agressivité peut être une protection. Enfin, j’ai été séduite par la conclusion inattendue.

Je remercie sincèrement Virginie des Editions de Borée pour ce service presse.

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L’empreinte du loup

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