Les coeurs endurcis, Martyna Bunda

Les coeurs endurcis

Martyna Bunda

Editions Noir sur Blanc

Quatrième de couverture

Les héroïnes de cette saga féminine, dont l’action recouvre le second tiers du XXe siècle en Pologne, sont trois sœurs : Gerta, fiable et sérieuse, Truda, qui cède facilement aux appels du cœur, et Ilda, la rebelle, la fantasque. Leur mère, Rozela, les a élevées seule dans le village cachoube de Dziewcza Góra. Pour survivre à la guerre, puis à la terreur stalinienne, elles doivent apprendre à dissimuler leurs sentiments. L’insensibilité devient leur bouclier contre l’adversité, et, là où d’autres s’effondreraient, Rozela et ses filles poursuivent leur chemin, vaille que vaille. Il y a des mariages et des séparations, mais ni les maris ni les enfants qui viennent au monde ne constituent le centre de tout. Ici, les liens du sang ne semblent relier que les femmes… Au fil des années, la maison de la mère restera le lieu où reprendre souffle, où retrouver forces et réconfort. Dans cette éblouissante évocation de la « dureté » des femmes, aucune idéalisation, aucun violon de mélodrame facile, mais des images inoubliables et un humour merveilleux. Une ode à la sororité, à une forme farouche de solidarité.

Mon avis

Le livre est découpé en saisons. Il commence en hiver et se termine en hiver, après avoir effectué un cycle complet. Ce ne sont pas des saisons de trois mois, mais de plusieurs années. Quatre saisons et quatre voix : celle de Rozela et celles de ses filles, Gerta, Truda et Ilda. Toutes quatre vivent dans la première habitation en briques du village. Rozela l’a construite, le lendemain de l’enterrement de son mari, avec les indemnités reçues. Abram est mort en tombant d’un échafaudage. La maison a été achevée en 1932. Pendant la guerre, elle a témoin d’horreurs subies par Rozela de la part des Russes. Aussi, quand en 1945, Truda, qui a passé les trois dernières années en Allemagne, se présente à la porte, accompagnée d’un Allemand, un déserteur de la Wehrmacht, sa mère hurle et renvoie Jakob. 

C’est un chagrin que Truda n’effacera jamais de son cœur, même si son besoin d’amour la pousse dans d’autres bras. Ilda, elle, travaille auprès des personnes déplacées. « Suite à la conférence de Postdam (1945), qui a repoussé les frontières de la Pologne vers l’ouest, les territoires dont furent chassés les habitants se virent repeuplés par des Polonais des régions de l’Est devenues soviétiques. Ces derniers sont désignés sous le terme de “ personnes déplacées “ ou transplantées. » (p. 55) Elle a des envies d’émancipation. Gerta, quant à elle, est considérée comme la plus sérieuse et la plus raisonnable des trois sœurs.

Les cœurs endurcis raconte l’histoire de quatre Polonaises, de la fin des années 1930 à la fin des années 1970. Le récit passe d’une anecdote du quotidien au récit d’un malheur, pour revenir à des faits anodins. Les hommes sont présents, mais semblent plus apporter des problèmes que des réconforts. Le cœur du roman concerne les quatre femmes et leur manière de surnager dans un pays dans lequel chaque action peut être dangereuse. Après l’occupation des Nazis, puis l’itinéraire sanglant des Russes, il faut composer avec la milice stalinienne. Des interdictions, parfois incongrues, naissent chaque jour, sans que la population en soit informée. 

J’ai eu besoin de temps pour apprécier cette famille. Elles sont quatre : elles se disputent parfois, elles sont très différentes, par leur personnalité, mais aussi par leurs aspirations, cependant chacune est un repère pour les autres. Pendant la première moitié du livre, je ne ressentais aucune émotion. Puis, sans que je m’en aperçoive, je ne peux pas indiquer quel moment a fait basculer ce sentiment, les pierres autour des cœurs de ces femmes ont, certainement, dû s’effriter, car elles ont fini par me toucher. Ce changement a été doux, il s’est produit en silence. J’ai été attendrie par leurs défauts, j’ai aimé que l’une rompe sa perfection et que l’autre s’assagisse. J’ai été attentive à leur pudeur et à leurs emportements. Je pense, également, que la personnalité d’un des hommes, Jan le gitan, a contribué à ce que le récit m’interpelle. J’ai été émue par son destin, alors que les autres personnages masculins ont provoqué au mieux de l’indifférence, au pire de l’agacement, ce qui semble être la volonté de l’auteure. Leurs comportements ont embelli les caractères des héroïnes. Pourtant, ces dernières provoquent une ambivalence : je me suis attachée à elles, malgré moi, alors que, parfois, je n’approuvais pas leurs attitudes.

En conclusion, après un début qui m’a tenue à distance, j’ai bien aimé ce roman rugueux, comportant des touches d’humour pour raconter la dureté de la vie. Il n’a pas été un coup de cœur, car mes émotions n’ont pas été assez sollicitées. Cependant, il m’a interpellée par son originalité, j’ai aimé la construction : les voix s’enchaînent et reviennent comme la ronde des saisons.

Je remercie sincèrement les Éditions Noir sur Blanc et Babelio pour cette masse critique privilégiée.

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