Songe de cèdre, Anna Laura Rucinska

Songe de cèdre

Anna Laura Rucinska

Editions F.Deville

Quatrième de couverture

Songe de cèdre nous entraîne à suivre deux générations de femmes libanaises, mère et fille, entravées par les traditions du Moyen- Orient et la guerre civile. Leurs destins se frottent à d’autres cultures et d’autres pays, de la Côte d’Ivoire à Paris.

« —Et comment était votre vie, Marvia? Votre vie au quotidien, en dehors de la politique.

—En dehors de la politique? Mais on ne peut pas séparer notre vie de la politique, puisque nous en sommes les victimes.

—Vous voulez bien me raconter vos souvenirs depuis le début?

—C’était notre Belle Époque. Beyrouth était magnifique. J’étais venue étudier à l’école d’infirmières. C’était le début de la guerre, j’étais jeune avec tant de projets pour l’avenir. Soudain, en quelques heures, tout devient impossible. Personne n’était préparé à ce qui allait se passer. Dans les rues, des gens se battaient. On ne savait même pas qui luttait contre qui, c’était la confusion la plus totale. Au Liban, il y a beaucoup de partis politiques et dix-huit religions. Un si petit pays, si compliqué, animé de tant de conflits… »

L’auteure

Née à Varsovie dans les années soixante, sous le régime communiste, Anna Laura Rucinska a grandi dans une famille considérée comme l’ennemi numéro 1 du prolétariat. En 1981, elle s’installe à Paris, peu avant l’état de siège établi par le gouvernement polonais. En 2015, paraît en Pologne, son premier livre dans lequel elle raconte l’état de guerre civile en Pologne et la vie en émigration, sous le titre «Zagubieni w Paryżu». Elle est membre de l’association Franco-Polonaise «Saison de Culture» qui réunit des intellectuels et des artistes de tous domaines.

Mon avis

Marvia travaille aux Galeries Lafayette, à Paris. Elle a toujours un sourire aux lèvres : un sourire étudié qui la protège du monde extérieur et qui disparaît lorsqu’elle se croit seule. En réalité, elle se sent vidée, elle a l’impression de porter un poids trop grand pour elle. Mais elle se sermonne et se ressaisit. Marvia est celle qui est là pour tout le monde : pour Angelu, qui porte des tenues féminines et ne supporte plus d’être stigmatisé ; elle est la première à réagir quand une femme enceinte n’a pas de place assise dans les transports en commun ; elle est là quand sa sœur l’appelle au secours, au sujet de leur mère.

Un soir, elle s’aperçoit qu’elle a reçu une quantité astronomique de sms. Ils proviennent de France, de Toronto, de New York, mais surtout du Liban. Le message de Louis, son compagnon, lui dit d’allumer la télévision et de chercher sa fille. Marvia passe la nuit suspendue aux informations. Nous sommes le 13 novembre 2015. À trois heures du matin, elle apprend que sa fille est vivante et qu’elle va bien. Cette nuit d’angoisse résonne avec ses souvenirs. Elle raconte.

Elle évoque le drame que Louis a vécu, elle explique la souffrance d’Angelu, rejeté par son père, elle parle de madame Karmelkova, qui a fui le régime soviétique. Elle se confie au sujet de son enfance au Liban, ce pays qu’elle aime et qui lui fait si mal. Elle raconte les drames qui ont jalonné la vie de sa mère, mariée de force à quatorze ans, et les conséquences sur le destin de sa sœur. Elle décrit les choix qu’elle a elle-même été obligée de faire. Elle décrit les malheurs qui se sont abattus sur sa famille et le courage des femmes libanaises. Elle pense aux guerres qui endeuillent les terres où elle a grandi. Le Liban compte de nombreux partis politiques et dix-huit religions y sont pratiquées. Le pays est toujours en feu et en sang. Elle se remémore aussi les moments passés en Côte d’Ivoire et le chagrin qui l’a submergée.

Le récit est construit comme une succession de destins, qui m’ont étreint le cœur. J’ai été très émue par Marvia, par sa sœur, Leila, et par leur mère, Salma. Elles montrent une si grande force et une telle résilience, qu’il est difficile d’imaginer les épreuves qu’elles ont subies. Leur passé est déroulé, ensuite, le texte revient sur le présent, puis un élément bouleversant est dévoilé, ajoutant une nouvelle couleur au tableau. L’histoire de Marvia est multiple, comme l’est son pays. C’est un romancier qui l’a convaincue de se raconter. Le point de départ est son identité : « bien que je sois libanaise, que toute la famille de mère soit libanaise depuis toujours, bien que je sois née et que j’ai grandi ici, pour les Libanais je ne suis pas une Libanaise. » (p. 156) Officiellement, elle a la nationalité de son père…

J’ai été très touchée par le destin de ces femmes libanaises, marqué par l’exil, la fuite, la condition de la femme, les guerres civiles, les conflits religieux, etc. J’ai adoré Songe de cèdre.

Je remercie sincèrement l’agence Gilles Paris et les Editions F.Deville pour ce service presse.

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