Juste avant d’éteindre, Hélios Azoulay

Juste avant d’éteindre

Hélios Azoulay

Éditions du Rocher

Quatrième de couverture

« Si quelqu’un m’a vu ici, il racontera peut-être un homme en train de courir après une pauvre feuille de papier que le vent s’amuse à exiler. Je les ramasse toutes. Je les déchire minutieusement, et j’en garde un petit fragment. Un lambeau étroit comme une île, où je peux écrire quelques mots.
Ce que je vois, ce que j’ai devant moi, ce que mes yeux attrapent, ce qu’il me reste entre les dents. Des petites phrases.
J’écris debout.
Il n’y a pas de détails, il n’y a que des preuves. J’en ai les poches pleines. »

Dans un roman à l’écriture fulgurante, Hélios Azoulay raconte le destin d’un musicien juif qui, dans l’impossibilité de composer, se réfugie dans l’écriture pour résister à l’horreur de la déportation. En mêlant la pudeur au burlesque, le délire au souvenir, l’effrayante réalité à une poésie qui refuse d’arrondir les angles, l’auteur tisse la vie d’un artiste trimballé par l’Histoire, mais qui ne renoncera jamais à rester un homme.

Mon avis

Le narrateur, un compositeur juif, est déporté dans un ghetto. A son arrivée, il découvre que sa valise est vide. Les Allemands ont volé le contenu de tous les bagages. « Chaque sac pèse une vie, chaque valise pèse tout ce qu’on a dû abandonner » (p. 12). Chacun avait emmené son bien le plus précieux et les partitions du narrateur ont été dérobées. Pour résister, il se réfugie dans l’écriture. Les nazis lui confient un travail de bureaucratie et il vole des bouts de papier, sur lesquels il note ce que ses «  yeux attrapent ». La journée, il accomplit sa tâche, il « recopi(e) en double exemplaire une copie en double exemplaire de l’original de la copie en double exemplaire » (p. 45). Dans sa tête, pour tenir, il se moque de la rigueur des nazis. Il remplit sa mission avec application « comme si ma vie en dépendait. D’ailleurs ma vie en dépendait » (p. 45). Pour sauver son esprit, il écrit des bribes de phrases pour se souvenir.

Il raconte la vie du ghetto, avec des instantanés, des faits concis, des pensées attrapées et transmises avec émotion ou humour. Il mélange la poésie et l’autodérision, comme pour rester vivant. Il mêle le réel à l’imaginaire. Puis, le texte est entrecoupé des morceaux de phrases qu’il a conservés, des morceaux d’existences. Puis, il revient à la narration du début. Il raconte, par exemple, une rencontre improbable avec une grand-mère, qui n’a rien d’une mamie gâteau et qui représente plutôt l’innommable. Enfin, le récit est à nouveau hachuré. Cette forme montre que les mots n’ont pas besoin d’être encadrés, que les phrases n’ont pas besoin d’être complètes pour exprimer l’indicible : il se ressent et se comprend.

Juste avant d’éteindre comporte peu de pages (132), le texte est aéré, pourtant ma lecture a été lente. J’ai ressenti le besoin de lire certains passages à voix, d’en relire d’autres, d’écouter les mots. J’ai eu envie de les entendre, car les images sont percutantes et les agencements sont poétiques. Pour dire l’horreur, Hélios Azoulay recourt à la beauté et cela m’a émue. Sans être un coup de cœur, ce roman atypique m’a beaucoup touchée. J’ai, pourtant, eu des coups de cœur pour des phrases, des formules, aussi, je sais qu’il restera un livre important à mes yeux.

Je remercie sincèrement Babelio et les Editions du Rocher pour cette masse critique.

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