Là où naissent les prophètes, Olivier Rogez

Là où naissent les prophètes

Olivier Rogez

Editions Le Passage

Quatrième de couverture

Wendell voit des anges. Quoi de plus normal pour un pasteur qui passe le plus clair de son temps à prêcher dans les rues de Monrovia, la capitale du Libéria ? Frances, une jeune évangélique américaine, convaincue qu’il est béni de Dieu, arrive à le persuader de la suivre pour un périple sur les routes d’Afrique de l’Ouest. Son but ? Organiser une caravane de croyants pour évangéliser le nord du Nigéria. Entre les faux dévots, les fondamentalistes, les vrais escrocs et les criminels, reste-t-il encore une place dans ce monde pour la foi sincère ? À chacune de ses rencontres, Wendell n’aura de cesse de chercher une réponse à cette question. Laya, l’adolescente en fuite détient-elle la vérité ? À moins que ce ne soit Balthus, le méditatif soldat camerounais… ou peut-être ce mystique soufi qui sillonne la brousse en quête d’une cité idéale ? Wendell apprendra en tout cas une chose : les miracles ne se produisent pas forcément là où on les attend.

Après L’Ivresse du sergent Dida, Grand Prix du 1er roman de la SGDL, et Les Hommes incertains, Olivier Rogez, romancier et grand reporter pour RFI, signe avec Là où naissent les prophètes un roman initiatique et picaresque qui nous emmène sur les routes de l’Afrique et explore la ligne de crête qui sépare la foi de la croyance, la vérité individuelle des illusions collectives.

Mon avis

Monrovia, capitale du Libéria. Wendell est un pasteur de rue. Les gens s’arrêtent pour entendre ses paroles, car ils espèrent voir apparaître des anges. En effet, deux ans plus tôt, ces êtres divins lui sont apparus et ont assis sa notoriété. Lorsque les sermons du prédicateur touchent le cœur de l’assistance, son chapeau se remplit d’argent. Il sait qu’il vend du rêve, mais s’il veut être entendu, son apparence doit exprimer une aisance financière, c’est elle qui prouve qu’il est écouté. Il se débat avec ses paradoxes et avec son passé qui est à l’opposé de ce qu’il prêche. Il interpelle Dieu, il se met en colère, mais un jour, un ange apparaît.

En réalité, il s’agit d’une femme, bien réelle. Elle s’appelle Frances, elle est une évangélique américaine. Elle appartient à l’Eglise de la Foi Rédemptrice et elle a parcouru l’Afrique pour rencontrer Wendell. Elle est persuadée qu’il est celui que Dieu a désigné pour l’aider à accomplir sa mission : « convertir les musulmans du Nigéria au catholicisme » (p. 66). Avec l’aide de celui qu’elle considère comme l’Elu, elle veut organiser une caravane de croyants.

Au Cameroun, Laya rêve de fuir son village : Mokolo, mais elle aime trop sa famille pour partir. Pourtant, une nuit, elle rejoint les pèlerins qui suivent l’Initié, un soufi. Ce dernier est un homme doux et tolérant, qui s’est donné pour mission, d’apprendre aux musulmans « à honorer Dieu et à respecter Sa parole ». Il apporte un message de paix et ceux qui le désirent peuvent l’accompagner.

Balthus Kouémé appartient à la BIR, le Bataillon d’intervention rapide, qui dirige la lutte contre les djihadistes du groupe Boko Haram. Il est chargé de retrouver Laya.

Dans ce roman, la foi s’exprime sous différentes formes. Elle peut être individuelle ou collective, elle est intérieure ou partagée, elle souffle le bien et elle sert de justification aux pires actes. Elle est ambivalente et conduit à des excès, parfois, motivés par l’envie de bien faire. Elle s’exprime dans le dénuement ou offre l’enrichissement. Chaque personnage la vit différemment. Plusieurs croyances sont représentées (protestantisme, catholicisme, Islam, etc.) et chacune est portée par divers messagers, qui démontrent ses aspects positifs et ses dérives. Alors que l’un prône la liberté de partager sa route, d’autres tentent de convaincre les fidèles par les mots. Mais tous se méfient de ceux qui kidnappent et tuent. Hormis ces derniers, tous sont transformés par le voyage qu’ils effectuent sur des chemins parallèles. Pourtant, malgré les apparences, ce n’est pas Dieu qu’ils recherchent, mais eux-mêmes. Ils fuient les actes qu’ils ont commis, ils souhaitent effacer les drames vécus, ils courent vers l’indépendance, ils veulent échapper aux bourreaux de Boko Haram, ils espèrent faire taire leur conscience, ils souhaitent que leur message soit entendu, chacun a une raison différente de suivre un convoi ou un autre. Les réponses à leur quête ne sont pas celles qu’ils escomptaient, elles apparaissent sous des formes surprenantes, pourtant, elles sont celles qui les rassemblent et leur apportent la foi en l’être vivant : humain et animal.

Olivier Rogez se saisit de l’instrumentalisation des religieux et de l’interprétation des écritures. La route de ses héros est chaotique et dangereuse. Des frictions naissent et révèlent les charlatans, les profiteurs, les volontés de soumettre et de manipuler les populations, les envies de richesse, alors que l’altruisme et la pureté des cœurs se dévoilent dans la simplicité des actes. Là où naissent les prophètes est un récit d’aventures au sein de l’Afrique, dans lequel l’humour s’allie au romanesque et le satirique à l’humanisme. C’est un très beau roman initiatique que j’ai adoré.

Je remercie sincèrement Olivier Rogez et les Éditions Le Passage pour ce service presse.

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