La fabrique des souvenirs, Clélia Renucci

La fabrique des souvenirs

Clélia Renucci

Editions Albin Michel

Quatrième de couverture

« C’était une partie de l’histoire du théâtre qu’il venait de sauver des limbes de l’oubli. Il ignorait qu’il s’apprêtait à bousculer l’histoire de sa vie. »


Dans un monde où les souvenirs se vendent et s’échangent grâce à une application révolutionnaire, Gabriel, amateur de théâtre, revit à plus d’un demi-siècle de distance la première de Phèdre en 1942 à la Comédie Française. Dans la salle, il remarque une spectatrice dont la nuque l’envoûte aussitôt, et se lance dans une quête éperdue pour découvrir l’identité de l’inconnue. Oriane Devancière, violoncelliste de renom, va le mener aux sources d’un amour authentique.


Original et virtuose, La Fabrique des souvenirs poursuit un fantastique voyage dans le temps et la mémoire, où l’auteure de Concours pour le Paradis célèbre, dans un subtil jeu de miroir, la passion sous toutes ses formes.

Mon avis

MemoryProject est une banque de données de souvenirs, conçue « dans les années quatre-vingt-dix par Charles Aubert, un chercheur français en neurosciences ». (p. 18). Cette invention révolutionnaire extrait les souvenirs du cerveau d’une personne, désireuse de les vendre. Ils sont ensuite encodés et enregistrés sur un support électronique, toutes les sensations sont exportées. Grâce à un casque, dont la technologie s’est améliorée au fil des années, les acheteurs s’immergent dans le souvenir, ils ressentent « les odeurs, le toucher, le goût, en plus du son et de l’image » (p. 20).

Gabriel est programmateur à Radio Académie. Mnémophile (collectionneur de souvenirs), il dépense beaucoup d’argent dans les ventes aux enchères, dans lesquelles il découvre « des trésors, des raretés qui exhum(ent) de l’oubli des anecdotes négligées par l’Histoire » (p. 28). Sa dernière acquisition concerne une représentation de Phèdre, jouée par Marie Bell, en 1942. Au départ, il regrette que l’homme, qui a vendu son souvenir, ne soit pas attentif à la pièce : son regard se disperse dans la salle, dévoilant les Allemands en uniforme. Ensuite, l’attention de Gabriel est retenue par une épaule féminine et il est envoûté par la nuque à laquelle elle est rattachée. De souvenirs en souvenirs, il remonte le destin de la femme qui l’obsède et découvre son identité : il s’agit de Oriane Devancière, une violoncelliste talentueuse.

Alors que son amie Sara se procure des souvenirs pour réactiver la mémoire de son père, Gabriel, lui, oublie tout ce qui n’est pas Oriane. Sa quête tourne à l’obsession, bien que cet amour soit impossible : tous les deux ont le même âge, mais leurs vies s’inscrivent dans des époques séparées par plus de soixante-dix ans. Heureusement, il est très entouré : « Les vrais amis se contentent de vous serrer dans leurs bras pour étouffer votre douleur, de la capturer et de se la transmettre pour vous en libérer » (p. 254). Ses proches l’aident à rester ancré dans le présent, en l’appuyant dans ses recherches au sujet du passé.

Au début, l’attitude de Gabriel amuse, mais ce qui était un éblouissement se transforme en passion dangereuse. Le jeune trentenaire s’enferme dans un passé qu’il n’a pas connu, vit à travers les souvenirs et les perceptions d’un homme qui n’est plus et il est amoureux d’une femme qu’un autre lui raconte. Impuissants, nous assistons à son naufrage. Cette quête semble folle, pourtant, nous comprenons l’amoureux, car plus nous en apprenons au sujet d’Oriane et de l’homme qui a transmis son histoire, plus nous attachons à eux. Nous aussi, nous les aimons, nous pleurons et nous souhaitons tout savoir d’eux. Au fil des révélations, nous ressentons l’importance et la nécessité du devoir de mémoire. « C’est peut-être cela, le devoir de mémoire, alléger celle des vieillards, la transférer aux nouvelles générations, répartir le passé entre nous tous et éviter l’oubli. » (p. 264) Sombrer pour atteindre la lumière. En effet, le destin envoie, parfois, des clins d’œil surprenants. Et si certaines rencontres étaient écrites ?

La fabrique des souvenirs est un merveilleux roman sur l’amitié, l’amour et la mémoire. C’est un magnifique hommage à ceux qui ont été oubliés, alors qu’ils étaient des héros. Tous mes sens ont été éveillés. J’ai, par exemple, écouté des morceaux de violoncelle joués par Oriane. J’ai été bouleversée par cette femme et par son histoire.

Je remercie sincèrement Claire et Adèle des Éditions Albin Michel pour ce service presse.

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