Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison, Cherie Jones

Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison

Cherie Jones

Editions Calmann-Lévy

Quatrième de couverture

« On peut supposer, se dit Lala, qu’un homme n’est pas vraiment méchant quand la nature elle-même ne juge jamais bon de le punir. »

Lala vit chichement dans un cabanon de plage de la Barbade avec Adan, un mari abusif. Quand un de ses cambriolages dans une villa luxueuse dérape, deux vies de femmes s’effondrent. Celle de la veuve du propriétaire blanc qu’il tue, une insulaire partie de rien. Et celle de Lala, victime collatérale de la violence croissante d’Adan qui craint de finir en prison. Comment ces deux femmes que tout oppose, mais que le drame relie, vont-elles pouvoir se reconstruire ?

Derrière des paysages caribéens idylliques, un intense et poignant portrait de femmes blessées depuis des générations. Renversant de grâce et d’émotions à vif, Et d’un seul bras, la soeur balaie sa maison est un premier roman déchirant qui prouve que l’héritage des traumatismes est tenace, mais pas toujours  irrémédiable.

Mon avis

20 juillet 1984, à la Barbade. Lala est seule chez elle. Alors que le terme de sa grossesse est dans plus d’un mois, son ventre se tord de douleur. Elle sent que quelque chose ne va pas. Cela fait une heure qu’Adan, son époux, est parti au travail. La jeune femme part à sa recherche, mais elle ne sait pas où il est. Elle a des saignements et la douleur devient plus intense. Elle « prend alors son courage à deux mains et décide d’appuyer sur la sonnette, à côté de la porte de service » d’une riche demeure. Elle entend un coup de feu, puis Adan ouvre la porte. Il vient de cambrioler la maison et de tuer le propriétaire. A leur arrivée à l’hôpital, la tête de Lala est encore emplie du cri de la femme qui a vu son mari mourir sous ses yeux.

Trois jours après la naissance de Bébé, elle prend un taxi pour rentrer au domicile conjugal. Même si elle comprend qu’Adan doit se cacher, elle est en colère. Elle sait qu’elle ne doit pas l’énerver, car son mari est violent. Il a des bons jours, mais, régulièrement, les coups pleuvent. Ensuite, il dit que c’est la faute de Lala. Le récit alterne entre la vie maritale de la jeune femme et le passé qui constitue la genèse du drame qui va détruire sa vie.

Deux femmes que tout oppose, en apparence, vivent une tragédie par la faute d’un même homme, avec qui l’une a des liens, alors que l’autre ne le connaît pas. Dans un décor paradisiaque, la misère côtoie l’opulence. Pour se nourrir, des hommes et des femmes sont obligés de se prostituer : les hommes et les femmes riches sont nombreux à « s’offrir ce plaisir de vacances ». Le roman montre de quelle manière les habitants de l’île survivent grâce au tourisme et comment les populations, pauvres et riches, vivent les unes mêlées aux autres. Lala, elle, tresse les cheveux, sur la plage, des étrangers qui sont venus s’offrir un dépaysement. Cette activité est importante pour elle, car elle l’apaise.

Comme Lala, Cherie Jones natte la vie de la jeune fille et des générations qui l’ont précédée. La destinée des femmes de la Barbade est marquée par la violence des hommes et par l’oppression qu’elles subissent. L’auteure relate ce que, de génération en génération, les femmes de la famille de la jeune maman ont subi. Elle raconte, également, les origines sociales de Mira, qui a perdu son mari, lors du cambriolage. Les passages au sujet de sa peur qu’Adan revienne, décrivent, parfaitement, l’angoisse engendrée par son traumatisme. Elle est une insulaire et elle a épousé un riche homme blanc, qui était très aimant et très protecteur avec elle. Pourtant, après cette nuit qui a assisté à une mort et à une naissance, le destin des deux femmes est lié. L’enfance des personnages masculins est, également, décrite, afin de comprendre la spirale des tragédies, dont une, absolument, terrible pour Lala.

Lala est émouvante. Ses désirs d’indépendance se sont frottés à la suprématie masculine. Cependant, à la suite d’événements dramatiques, elle comprend qu’elle a cru faire des choix, alors qu’en réalité, elle n’a rien décidé. Elle s’interroge sur son histoire familiale et révèle que les traumatismes ont été transmis à chaque génération de femmes, tout comme la violence s’est perpétuée de père en fils, dans d’autres familles. Pourtant, malgré ses douleurs et malgré la dureté de sa vie, Lala ne perd pas espoir. J’ai énormément aimé Et d’un seul bras, la sœur balaie sa maison et j’étais touchée par son héroïne.

Je remercie sincèrement Doriane des Éditions Calmann-Lévy pour ce service presse.

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