Les Palabres, Gaëtan Panzica

Les Palabres

Gaëtan Panzica

Editions Frison – Roche Belles lettres

Collection Ex Nihilo

Quatrième de couverture

Un vieil homme assis sur un banc confie l’histoire de sa vie à un passant qu’il ne connaît pas. De sa jeunesse pauvre et marquée par la guerre à l’écriture et aux succès littéraires, jusqu’à son entrée dans la pègre, c’est une trajectoire anguleuse qui se dessine dans son récit. De métamorphose en métamorphose, son destin est celui d’un caméléon passant de l’ombre à la lumière et, à nouveau, de la lumière à l’ombre.
Avec ce roman porté par une langue colorée, vivante et vibrante, Gaëtan Panzica apporte une bouffée d’air frais à la littérature contemporaine. 

Mon avis

Le soleil brille. Un vieil homme est assis sur un banc, un ballon rouge dans les mains et le narrateur, qui intervient peu, écoute ses palabres.

Le vieillard s’appelle Calogero et il a divisé son récit en quatre tableaux. Dans le premier, il raconte son enfance. Il a vécu caché et n’est jamais sorti de l’appartement familial. Ses parents ne se montraient jamais ensemble, un passage reliait deux logements, pour cacher leur amour et leur vie commune. Ils avaient des marques différentes sur leur paume de main : l’un était un Alpha, l’autre une Oméga et leur enfant n’avait ni signe, ni identité. Les Alphas étaient considérés comme des êtres supérieurs et la mixité n’était pas permise. Des contrôles étaient effectués et les Omégas étaient en danger. Le petit entrevoyait le monde de dehors à travers des jumelles reçues lors d’un anniversaire. Il voulait rencontrer les autres, mais sa mère ne désirait que le couver et elle lui enseignait la peur. Heureusement, il avait ses livres et ses carnets pour appréhender l’extérieur et s’évader. Dans le deuxième tableau, à vingt-trois ans, il a découvert l’extérieur. Chaque partie relate une période de sa vie, il décrit ses métamorphoses, sa vision des évènements de son siècle. Il a connu la guerre, a côtoyé la pègre, s’est intégré dans l’époque de l’information qui déborde, sans jamais oublier l’enfant en lui. Il décrit les rencontres, qu’elles soient réelles ou littéraires. Lui-même a écrit un chef-d’œuvre. Pourtant, avant de connaître le succès, il a connu les lettres de refus des éditeurs.

Les Palabres semblent être une dystopie, dans laquelle les personnes semblent nées d’espèces différentes : l’une est supérieure à l’autre, elle a plus de droits aussi, alors que les êtres issus de l’autre catégorie, marchent les yeux baissés, subissent de terribles violences, se dissimulent, parfois, dans des placards : pour pouvoir exister, ils n’ont pas d’existence. Dans ce qui paraît un contexte imaginaire, les émanations d’une période sombre de l’Histoire se font sentir et, soudain, notre esprit situe géographiquement et temporellement l’enfance de Calogero. La poésie du texte se couvre de noir et de rouge. Le carnet de l’adolescent renvoie au texte d’une adolescente, en Hollande…

Alors que le héros entre dans la lumière et fait ses premiers pas dans la civilisation, il est très vite rattrapé par les ténèbres : il est envoyé à la guerre. Son récit est une alternance d’ombres et de lumière, d’évènements qu’il subit et d’autres qu’il provoque. Il raconte, ne juge pas, mais des petites leçons de vie sont distillées, car le regard de l’enfant n’est jamais loin. Ses mots sont percutants, il émeut et sa perception de l’époque à laquelle il a vécu est ingénue et sage, en même temps. Nous écoutons ses révoltes : « Pour une fois, ma colère étouffa mon silence. » (p. 163), nous entendons l’enfant émerveillé et nous sommes séduits par sa sensibilité. Nous sourions lorsque nous reconnaissons des personnalités réelles. Pour lui, elles ne sont pas des personnages historiques, elles ont, simplement, traversé sa vie. Elles sont mêlées au récit, sans que leur nom complet soit indiqué, mais nous les reconnaissons. Cependant, la description ne concerne pas leurs actes, mais leur quotidien. Lorsque le vieil homme se confie, nous avons la sensation de lire un conte, empli de candeur, de douleur et de poésie. En effet, le texte est très imaginé et j’ai été subjuguée par l’écriture, m’arrêtant, régulièrement, pour m’imprégner de la beauté des phrases.

Les Palabres est un roman qui m’a énormément touchée. Je l’ai adoré.

Je remercie sincèrement Elya des Éditions Frison-Roche – Belles lettres pour ce service presse.

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