Les Vents sauvages, Johann Guillaud-Bachet

Les Vents sauvages

Johann Guillaud-Bachet

Editions Calmann-Lévy

Quatrième de couverture

« Partout, le temps s’est accéléré : des soleils trop forts ont crevé le ciel, les vents incessants ont décapé les corps et les eaux mauvaises tordu les ventres. »

Dans une France au bord de la guerre civile, où les ressources se font rares, Étienne décide de tout quitter pour se réfugier avec sa fille Manon dans la ferme familiale, au milieu des forêts d’épineux.
Il y retrouve de vieux amis mais son rêve d’autarcie s’écroule rapidement : la vie est rude dans la vallée cernée d’imposantes montagnes où plus personne n’ose s’aventurer. Les pouvoirs publics ont déserté la région, au profit de la mystérieuse Fonderie qui semble tenir le village et les alentours sous son joug. Ici aussi, peur et violence règnent.


Bientôt, Étienne apprend que plusieurs jeunes filles ont disparu et que des corps d’hommes déchiquetés sont régulièrement retrouvés à la fonte des neiges.


Chaque jour, les vents se déchaînent, chaque jour, les habitants se terrent… Et les peurs ancestrales resurgissent.

Mon avis

Une voiture fonce dans la nuit et dans le brouillard. Le conducteur ne peut pas ralentir, sinon il ne pourra pas redémarrer. La neige, les nids-de-poule et les congères rendent la route très dangereuse. Le véhicule dérape, s’approche du fossé, Étienne sait qu’il ne faut pas freiner, même lorsqu’il a l’impression de voir un cadavre au bord de la route. Le village apparaît enfin, ainsi que la maison de son ami Matthieu.

Après la mort de son épouse, Étienne a quitté son appartement, pour se réfugier, avec sa fille Manon, dans la maison de ses grands-parents, décédés depuis plusieurs années. Des nuits glaciales à dormir dans la voiture, des bagarres pour pouvoir continuer le voyage, la peur d’être arrêtés, la fillette de dix ans est traumatisée par ce qu’elle a vécu. La France est au bord de la guerre civile, les libertés sont réduites, des autorisations sont obligatoires pour voyager, les ressources sont rares, etc. Le père et son enfant pensent trouver la paix, à la montagne.

Hélas, leur rêve s’effondre. Le village n’est plus celui qu’Etienne a connu dans son enfance. Les télécommunications sont coupées, sa bastide a été pillée, son bois a été volé, les pouvoirs publics ont déserté. Une mystérieuse Fonderie gère la population, impose les règles et fournit les denrées, en édictant les conditions. Son fonctionnement opaque et autarcique est inquiétant. « Parfois tu as l’impression d’être revenu au Moyen Âge, et d’autres fois tu te crois dans une communauté amish » (p. 46). Les espoirs de survivalisme d’Etienne s’écroulent et les conditions de son installation sont beaucoup plus difficiles que ce qu’il escomptait. De plus, il apprend que la peur est omniprésente. Plus personne ne s’aventure en montagne, la nature a repris ses droits, le climat s’affole, les tempêtes sont quasi quotidiennes. A chaque fonte des neiges, la montagne laisse apparaître des corps d’hommes déchiquetés et plusieurs jeunes filles ont disparu. La violence et la terreur dominent. Un groupe est chargé de la sécurité et ses membres ont beaucoup de pouvoir. Ils veulent tout maîtriser, ils exercent des pressions et leurs questions sont inquisitrices. Les répressions sont nombreuses et l’atmosphère est opprimante, un voile noir semble recouvrir les maisons et leurs habitants.

Pour certaines personnes, Sériane, la voisine d’Etienne, est responsable des malheurs du village. Guérisseuse, elle est accusée de sorcellerie. Elle connaît les plantes et c’est elle qui fabrique les médicaments. Touchée par un terrible drame, elle est une des rares à oser aller dans la montagne. Certains montrent ouvertement leur animosité et des évènements attisent la haine à son encontre. Les peurs anciennes se révèlent, chacun entretient les angoisses des autres, et le village est au bord de l’implosion. La meute se regroupe, la chasse débute et la mise à mort est attendue. Le climat se révolte, les Vents sauvages se déchaînent, les murs des cavernes se resserrent, la nature est hostile envers les uns et protectrice et solidaire envers les autres. Pour Étienne et Matthieu, une course contre la mort débute, lorsque leurs filles et leurs amoureuses s’éloignent dans la neige.

Les Vents sauvages commence comme un roman social d’anticipation et, cependant, réaliste. Il dépeint la France, en plein chaos : émeutes, couvre-feu, restrictions, voyages autorisés que sous certaines conditions, ressources qui manquent… certains éléments rappellent des évènements présents, mais la crise est plus profonde que celle que nous connaissons, pourtant, nous sentons que la frontière est mince. Cependant, dans le village entouré des chaînes montagneuses des Trois Pics, les conditions sont plus rudes que ce que pouvait imaginer Étienne. Les secours sont appelés à l’aide d’une corne de brume, ils arrivent souvent trop tard, ils n’ont pas de moyens. Quelques hommes ont pris le pouvoir, mais ils n’admettent pas faire régner la dictature. Le climat s’exprime à sa manière. Il se venge de ce que l’Homme lui fait subir. Pourtant, dans ce monde apocalyptique, des sentiments naissent, des amitiés perdurent, des souvenirs s’entretiennent, et des éclaircies percent, grâce à des personnages attachants. La finesse des portraits psychologiques et des liens entre les protagonistes lèvent, parfois, le voile de noirceur. Mais celui-ci revient lorsque le roman vire au thriller. Malgré les faits angoissants, la nature continue à vouloir faire remarquer sa beauté et sa force. Même quand elle est en colère, nous sommes subjugués par sa beauté, que la plume bouleversante de poésie magnifie. Puis apparaissent des éléments de surnaturel et j’ai pensé que Johann Guillaume-Bachet était un des rares écrivains capables de me subjuguer avec des éléments auxquels je ne crois pas. J’ai beaucoup repensé à la fin qui peut s’interpréter de deux manières. Respectueusement, l’auteur nous offre deux possibilités de compréhension. A nous de nous diriger vers celle qui correspond à nos croyances. Il ne le dit pas explicitement, c’est très subtil.

J’ai adoré ce roman que je n’ai pu lâcher tant il m’a captivée, émue et tenue en haleine.

Je remercie sincèrement Doriane des Éditions Calmann-Lévy et Johann Guillaud-Bachet pour ce service presse dédicacé.

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