Tout ce que Camus ne m’a pas appris, Thierry Poyet

Tout ce que Camus ne m’a pas appris

Thierry Poyet

Editions Ramsay

Quatrième de couverture

Anne-Laure est née à Bordeaux. Chambertin vit à Saint-Étienne. Elle est juge d’instruction, lui a tué un homme. Sans ses amis ni sa famille, elle s’ennuie. Il s’isole, inaccessible, indifférent et bientôt misanthrope.

De leurs routes qui se croisent, naît une impossible rencontre. Le méprise- t-elle ? La jeune femme issue de la belle bourgeoisie peut-elle comprendre un homme qui passe tous ses samedis avec les Gilets Jaunes ? Et lui, le petit prof raté, qu’entend-il à la vie des autres, celles de sa femme, de sa maîtresse ou de la jolie juge, quand il ne cesse plus de lire Camus et les autres sans trouver les bonnes réponses ?

Deux parcours et deux trajectoires jusqu’au bureau-carrefour d’un Palais de Justice où se construisent et se détruisent les destins. Un roman social, dans l’air du temps, où les personnages à la Houellebecq évoluent en quête d’un sens à leur existence. Entre sentiment de l’absurde et espoir d’un bonheur enfin accessible, Anne-Laure et Chambertin sont les étrangers du nouveau siècle.

Mon avis

Lorsque sa femme a découvert son infidélité, Thomas Chambertin a tout perdu. Son épouse est partie et ses filles, âgées de quinze et dix-sept ans, ne lui parlent plus. Ce qui a sauvé cet enseignant, peu apprécié de ses élèves et de ses collègues, ce sont les manifestations avec les gilets jaunes. Il a participé à la première, le samedi 17 novembre, depuis il enchaîne les samedis sur les ronds-points et il investit la ville de Saint-Etienne. Il crée des liens, a des conversations : ces samedis lui donnent un but et lui apportent une satisfaction qu’il n’avait plus connue depuis des années, enferré dans une vie monotone. Certains gilets jaunes ne comprennent pas sa présence : il est fonctionnaire, il a donc la sécurité de l’emploi. Pour eux, il fait partie des riches. Mais lui a besoin de cette sensation d’exister et de se battre. La semaine, il s’isole de plus en plus et les week-ends, il retrouve un lien social. Jusqu’à ce jour terrible où il tue un homme. Fou de rage lorsqu’un 4/4 a foncé sur un gilet jaune, il a cogné le conducteur sans plus s’arrêter. « Il y avait quelque chose de la lutte des classes, entre ce type à la BMW pimpante et nous, vêtus de nos tristes gilets jaunes de pauvres gens. » (p. 62) Il considère que c’est de la légitime défense. « Toutes mes colères rentrées venaient d’être expulsées. Le droit à la fierté m’était rendu. J’étais redevenu un homme debout. Fini le temps de vivre à genoux. » (p. 68)

Anne-Laure vient d’achever ses études de magistrature et d’être nommée à son premier poste : elle est juge d’instruction à Saint-Etienne. Elle est belle, elle a grandi dans les beaux quartiers de Bordeaux et n’a jamais connu les difficultés financières. Même si elle doit revoir son train de vie à la baisse, elle sait que ses parents seront là pour signer des chèques si elle en a besoin. Elle est déterminée à réussir, elle a de grands projets de carrière et prend ses décisions personnelles en fonction des répercussions professionnelles. Rien ne doit entraver son ascension. Pourtant, le grain de sable pourrait être le dossier de ce gilet jaune qui a tué cet homme. Il dit avoir agi sous l’effet de la colère, après que sa victime ait écrasé un manifestant. Anne-Laure instruit avec ses convictions. Elle est convaincue, qu’en réalité, cette mort est préméditée et elle veut le prouver.

Une partie est consacrée à Thomas et la deuxième à Anne-Laure. Ils ont des destins et des personnalités divergents, ils ne viennent pas du même milieu, ils n’ont pas eu les mêmes chances au départ et leurs parcours sont différents. Pourtant, je les ai détestés tous les deux. En ce qui concerne le premier, je n’ai pas aimé son jugement sur tout le monde, sa manière de faire porter la responsabilité de ses actes à son entourage, son dédain, sa manière de parler de ses proches… Quant à la deuxième, je n’ai pas apprécié ce sentiment de supériorité que j’ai perçu dans ses attitudes, ni son manque d’écoute et son intransigeance. La troisième partie relate la confrontation entre ces deux personnes opposées et éclaire les faits, en apportant des précisions sur l’identité du défunt et sur les caractères de celle qui a le pouvoir et de celui qui ne veut pas subir. Ce chapitre a créé une faille dans mes sentiments et en a transformé certains.

Malgré cette répulsion-fascination que je ressentais envers les protagonistes, j’ai été captivée par l’aspect sociologique de ce roman. Il est une photographie sociale et politique de l’année 2019. J’ai pensé que les générations futures pourraient, en le lisant, comprendre ce que les gilets jaunes ont représenté pour chacun, les réactions contradictoires que ce mouvement a provoquées dans la population, entendre les réponses ou le silence politiques, etc. C’est un instantané de notre pays dans lequel toutes les opinions s’expriment et sont dépeintes.

L’épilogue se déroule quatorze ans après les faits et révèle les évènements qui se sont passés pendant ces années. L’auteur livre, également, une vision possible de l’évolution notre pays. C’est une conclusion intéressante de l’histoire. Mon bémol est une phrase qui évoque une personnalité : « Car le talent rageur du site Mediapart n’avait jamais faibli, même après la mort de son chef à la célèbre moustache. » (p. 170). J’ai été gênée par cette prévision au sujet d’une personne vivante. Excepté ce détail, j’ai été passionnée par l’analyse sociale, politique et celle du pouvoir de ce roman.

Je remercie sincèrement Thierry Poyet et les Éditions Ramsay pour ce service presse.

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