La Belle est la Bête, Floriane Joseph

La Belle est la Bête

Floriane Joseph

Éditions Frison Roche – Belles lettres

Collection Ex Nihilo

Quatrième de couverture

La Belle est la Bête est le récit d’une quête et l’histoire d’une femme. Un jour de grand soleil, la princesse Leïla est défigurée à l’acide par un inconnu, un jeune homme ayant fréquenté les factions extrémistes aux confins des terres gardées par le sultan. Ce dernier met tout en œuvre pour sauver sa jeune fille et rassurer son peuple, qui se lance tout entier à la recherche de celui qui est rapidement qualifié de terroriste. Le royaume entier tremble devant la violence de cette attaque. Pourtant, la princesse Leïla se relève. Dès lors, elle décide de continuer à honorer les nombreux bals du royaume de sa présence. Chaque danse est l’occasion de faire fleurir sur ce visage encore non apprivoisé des masques toujours plus somptueux, chaque fois plus grandioses. Autant de couleurs pour se composer une nouvelle identité… De palais en déserts, ce conte pour adultes mêle la politique à l’amour. Le terrorisme s’insinue dans un univers chatoyant, la réalité la plus cruelle côtoie un réalisme magique. Un conte moderne aux accents orientaux, où les femmes sont fortes et les royaumes imparfaits, où les monstres sont humains et où les hommes vont de valse en déchirure, dans une quête éperdue de beauté, de libertés et de sens.

Mon avis

La princesse Leïla, la fille du sultan, est à l’hôpital, plongée dans un coma artificiel. Cette nuit, personne ne dormira, excepté la princesse. Certains veilleront sur son sommeil, pendant que d’autres se lanceront dans une poursuite pour arrêter le criminel qui a jeté de l’acide au visage de la Belle, alors qu’elle sortait d’un café. Comme ses sœurs, elle a été élevée dans un climat de liberté et de bienveillance. Celui qui l’a défigurée a fréquenté des cercles extrémistes, a vécu dans des royaumes barbares et a prôné leur idéologie. Le royaume de Galahazul était cité dans des articles de propagande et l’inconnu voulait sortir Leïla « du péché avant qu’il ne soit trop tard » (p. 47). La jeune fille est veillée par son père, par sa nourrice et par ses sœurs. « Il leur semblait à toutes que la ligne de leur destin avait été tranchée en son milieu, et la perte brutale de point d’équilibre les déchirait. Leïla était la troisième fille. La petite des grandes et la grande des petites » (p. 29).

A son réveil, Leïla se souvient de l’attaque. Elle n’a pas compris, mais a ressenti des douleurs terribles. Elle sait qu’elle a subi de nombreuses opérations, mais n’a encore pas vu son visage. Lorsqu’elle retire ses bandages et se voit dans le miroir, le choc est terrible. « La Bête qui lui faisait face était son nouveau visage » (p. 69). Après une période d’abattement, pendant laquelle elle « envisage » même, que ne plus vivre peut être la solution, elle décide d’apprivoiser sa nouvelle apparence. Face à la glace, elle cherche à se retrouver dans ses traits, à se reconnaître dans ses expressions, à tendre la main vers elle-même.

Mais la métamorphose n’est pas complète. Leïla souffre. Elle s’interroge sur sa vie de femme. Un homme sera-t-il amoureux d’elle ? Elle ne sait pas si elle, elle pourrait aimer quelqu’un défiguré comme elle l’est. Le corps a besoin d’étreintes. Elle n’est pas prête à une vie sans contact physique, sans caresses, sans amour… Il est temps pour elle d’affronter le monde. Elle annonce, à ses proches, son intention d’assister aux bals du royaume. Pour son retour dans le monde, elle choisit le plus grand et elle portera un masque. Cet accessoire sera ce qui la cachera et la sublimera. Il sera aussi celui qui la révélera. Surtout à elle-même. Il s’agit du premier pas vers la réconciliation, avant ceux qui la mèneront à l’acceptation.

La Belle est la Bête, la Bête est la Belle. Elles ne font qu’un. Pour moi, la princesse est la Belle. Elle est celle qui ouvre la voie à toutes les femmes. Elle est celle qui refuse les diktats du regard des autres, celle qui refuse l’enfermement, celle qui veut vivre libre, hors de ses barrières et de celles des autres. Elle est le courage, mais aussi l’humanité : elle sombre, puis se relève. Elle se bat contre elle-même. Elle exulte par le corps pour redonner une place à son visage. Elle est transformation, mouvement, tourbillon, secrets, larmes et plaisir, pour se connaître et se reconnaître.

Nous ne savons pas quand se déroule l’histoire. Certains éléments évoquent un temps du passé, des faits renvoient au présent et d’autres laissent entrevoir le futur. Le récit est intemporel, comme un conte que l’on se transmet à travers les années. Cependant, les évènements politiques et sociétaux sont un miroir des atrocités perpétrées, à notre époque, au nom d’une idéologie. Le lien est suggéré, pour que le lecteur y place ce qu’il entend. La plume est empreinte de poésie. L’horreur se cache derrière des passages magnifiques, elle est imagée : j’étais émerveillée par le pouvoir de la beauté des mots.

La beauté est aussi dans le cœur de Leïla. Trouvera-t-elle la paix et le bonheur ?

J’ai eu un coup de cœur pour ce roman enchanteur, qui mêle émerveillement et réflexions sur des sujets profonds, tels que le terrorisme, la domination de l’Homme sur la femme, l’image de soi, le regard des autres, la quête d’identité et l’amour, etc. L’écriture est si belle, qu’elle procure un ravissement charnel, faisant appel à tous les sens.

Je remercie sincèrement Elya des Éditions Frison-Roche – Belles lettres pour ce service presse.

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