Les Roses de l’hiver, Claude Vincent

Les Roses de l’hiver

Claude Vincent

Éditions de Borée

Quatrième de couverture

Marthe s’accroche à ces hautes terres brûlées par le soleil d’été et battues par le vent d’hiver que tous ont désertées. Frêle silhouette, proie de la cupidité de ses neveux qui convoitent ses biens, la vieille paysanne solitaire résiste.

Heureusement, elle se lie d’amitié avec le vieux Claudius et Lalou, l’innocent, qui lui redonnent goût à la vie et confiance en l’avenir, jusqu’à concevoir le rêve fou de ressuciter son village abandonné.

Mon avis

« Cette fois, c’était son mort à elle. C’était son Félix qui était couché là, entre quatre planches. » (p. 14) Ils sont venus, ils sont tous là. Les neveux et nièces de Marthe sont tous venus aux obsèques de son Félix. Peu importe qu’elle ne les ait pas vus souvent : ils sont tous là pour soutenir la veuve. « Ils sont tous là. Jamais ses vieilles joues n’ont reçu autant de caresses ! Elle en est toute retournée, Marthe ! » (p. 20) Ils ont même pensé à apporter un panier de victuailles et ils lui tiennent compagnie, alors que la vieille dame s’évade dans ses pensées. Elle leur en est reconnaissante. Elle les écoute, puis repart dans ses souvenirs, quand, soudaine, des mots la ramènent au présent. Ils veulent la placer dans une maison et ils veulent récupérer ses biens. Marthe refuse. C’est chez elle, elle veut rester sur ses terres. Son époux avait raison : les loups sont venus. Ils sont prêts à abandonner Tignasse, son chien, à tuer Arthur, son lapin et Caroline, la jument de Félix. La vieille dame résiste, mais elle sent que les vautours reviendront.

A plus de quatre-vingts ans, Marthe doit apprendre à vivre seule. Il faut rentrer du bois, prendre soin de la jument de Félix, de son chien, se rendre dans la ville voisine pour les commissions, etc. Certaines tâches étaient dévolues à l’homme de la maison. Une aide inattendue provient de Claudius, le voisin avec qui son mari se disputait à longueur de temps. « Même si on ne s’est pas toujours entendus… le Félix, c’était quelqu’un. » (p. 60) Une amitié débute, ils rassemblent leurs solitudes, ils se soutiennent, se rendent service, avec le désir fou de faire revivre leur village. Lalou, celui qu’on dit simplet, apporte son aide.

Les rapaces reviennent…

Marthe prend la vie comme elle vient, avec ses joies et ses peines. Elle raconte son nouveau quotidien et ses souvenirs du passé. Elle est douce, mais elle se découvre de nouvelles forces. C’est à elle de décider où elle finira ses jours et ce qui restera d’elle quand elle ne sera plus. Elle est généreuse, Marthe, mais pas avec les vautours. Elle donne tout… à ceux qui ne lui demandent rien, mais qui sont dans son cœur. Ils y sont parce qu’ils sont comme elle : désintéressés et bons. Elle est extrêmement touchante. Elle livre ses pensées et ses sentiments, avec pudeur et sans calcul.

Marthe m’a émue dans sa volonté de vivre chez elle : elle m’a fait penser à ma grand-mère, qui aura cent ans, dans deux mois, et qui vit seule chez elle, avec des aides à domicile qui passent chaque jour. Claudius et Lalou sont là pour Marthe et elle est là pour eux. Ils partagent la même envie de ressusciter La Rivoire. Tous les habitants ont déserté, la plupart parce qu’ils sont morts. Les roses de l’hiver est un très beau roman sur la solitude et sur la vieillesse, mais aussi sur l’amitié qui n’a pas d’âge. J’ai, aussi, été touchée par la place accordée aux animaux. Marthe les respecte et les aime et des passages émouvants dépeignent l’amour qu’Arthur, Tignasse et Caroline, éprouvent envers elle. C’est un récit qui ramène à l’essentiel. Il décrit la vie, dans les campagnes, à une époque ancienne : les voitures étaient peu nombreuses, les chasse-d’eau étaient peu répandues, l’argent se comptait en anciens francs, la télévision n’était pas dans tous les foyers. Les Roses de l’hiver raconte nos ancêtres. C’est un roman très touchant.

Les Roses de l’hiver a reçu le Prix de ville de Lyon 1982, le Prix Lucien-Gachon 1994 et le Prix national du Printemps du Livre 1998.

Je remercie sincèrement Virginie des Éditions de Borée pour ce service presse.

2 commentaires

  1. Un roman qui doit être très émouvant et que cette chronique raconte bien l’ampleur du sujet particulièrement d’actualité en ce moment où les Ehpad sont pointés du doigt par le manque de liberté de leurs usagers!

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