Par une mer basse et tranquille, Donal Ryan

Par une mer basse et tranquille

Donal Ryan

Éditions Albin Michel

Quatrième de couverture

« Ce livre m’a longtemps habité. Je me demande si nous ne sommes pas en train de vivre un nouvel âge doré de la littérature. » Jonathan Franzen

Devenu une voix incontournable des lettres irlandaises depuis Le Cœur qui tourne, Donal Ryan s’éloigne pour la première fois de son décor familier du comté de Limerick pour embrasser un territoire plus vaste.


Fuyant les bombardements, Farouk, un médecin syrien, décide de traverser la Méditerranée avec sa femme et sa fille pour trouver asile en Irlande. Ce pays est le seul qu’a jamais connu Lampy, un jeune homme qui rêve de tout plaquer – à commencer par sa famille et son boulot – depuis que Chloe, sa petite amie, l’a quitté. Quant à John, peut-être parce qu’il sent la mort approcher, il cherche la rédemption après une vie passée à faire le mal autour de lui.

Le réfugié, le rêveur au cœur brisé et le pénitent : de la Syrie en guerre à la campagne irlandaise, trois hommes blessés à la croisée de leurs destins, trois êtres que tout oppose et dont les chemins vont converger de manière inattendue. Un roman bouleversant d’humanité et de justesse.

Mon avis

Par une mer basse et tranquille comprend quatre parties.

La première raconte l’histoire de Farouk qui a décidé de fuir la Syrie, avec sa femme et sa fille. La décision n’a pas été facile à prendre pour ce médecin. « Le garçon crucifié avait changé la donne. Jusque-là, Farouk résistait en disant : Attendons juste de voir ce que nous réserve le mois prochain, tout ça va peut-être passer » (p. 25). Le passeur a été, soigneusement, sélectionné et le voyage a été bien préparé. Grâce à ses moyens financiers, Farouk est fier d’avoir été « capable d’organiser la fuite de sa famille » (p. 36). Ce ne sera qu’à la fin du trajet qu’il saura s’il a eu raison de donner sa confiance…

La deuxième partie concerne Lampy, un jeune homme qui rêve de quitter sa ville natale, en Irlande. Il vit avec sa mère et son grand-père. Il ne sait rien de sa naissance, hormis les méchancetés qu’il a entendues à l’école. Lorsqu’il était en Cm1, un garçon lui a dit : « T’es qu’un bâtard » (p. 97). Quand Chloé, sa petite amie, le quitte, c’est un nouvel abandon pour lui.

Dans la troisième partie, John sent qu’il va mourir. Il se confesse et décrit le mal qu’il a semé autour de lui. Avant cela, il confie le drame qui a marqué son destin. Ce qu’il raconte ne vise pas à excuser, mais « à expliquer certaines choses » (p. 143). Malveillances, méchancetés, ses méfaits ont pris de l’ampleur après une rencontre. « Pendant un certain temps, j’ai été une bonne personne, bienveillante » (p. 192). Un jour, il a pris une décision terrible.

Trois destins. Trois hommes qui se questionnent sur leurs choix et leurs actions. Ils n’ont pas le même âge, ni les mêmes souffrances, mais partagent la douleur de la perte. Le texte au sujet de Farouk est celui qui m’a le plus émue. Il est celui qui m’a le plus touchée dans mon humanité. Rempli de délicatesse et sensibilité, le récit dépeint les espoirs, les malheurs, le déni, le refus, la prise de conscience, etc. La réalité se mêle à la fable, celle contée par une mère à son enfant, celle que Martha, l’épouse de Farouk chuchote à Amira, à leur fille.

Trois hommes : un fuit un pays en guerre, un veut fuir son existence et un sent que la vie le quitte. Le fil qui les unit est ténu, l’auteur sème des indices, qui se révèlent dans la quatrième partie. Les liens sont parsemés, avec discrétion. Ils sont imperceptibles jusqu’à ce que le final les éclaire. J’ai été si surprise que je me suis demandé si mon interprétation était juste. Ma pensée a été : « en définitive, est-ce si important ? Que je me trompe ou pas, l’essentiel est que j’ai eu ma propre lecture, que j’ai projeté une part de moi sur les mots de Donal Ryan ». Ensuite, j’ai relu des passages du roman qui m’ont confirmé que j’avais décelé les messages de l’auteur. Ceux-ci se trouvent dans des mots, des détails qui éclatent, à la fin. C’est terrible et puissant.

Je remercie sincèrement Claire et Alice des Éditions Albin Michel pour ce service presse.

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