Née quelque part, Michèle Halberstadt

Née quelque part

Michèle Halberstadt

Editions Albin Michel

Quatrième de couverture

«J’ai l’impression d’être sur le point de commettre un acte sacrilège en allant fouiller dans les affaires intimes de mes parents. Quand je l’abreuvais de questions auxquelles il ne voulait pas me répondre, mon père avait cette réponse frustrante : « Cela ne te regarde pas ». C’est précisément ce que je m’apprête à faire. Regarder dans son passé.»

Michèle Halberstadt tire les fils de sa lignée, remonte les générations, croise l’itinéraire de sa famille paternelle, dont elle ne sait rien, avec celui de Max Halberstadt, gendre de Freud devenu son photographe officiel. De Vienne à Hambourg en passant par Wegrow d’où son père, Juif polonais, est originaire, traquant les indices jusqu’à Johannesburg, où Max a émigré pour fuir le nazisme, l’autrice mène l’enquête, fait d’étonnantes rencontres, fouille les archives pour reconstituer une histoire qu’on ne lui a pas transmise. Sous sa plume attentive, on découvre le pape de la psychanalyse en émouvant patriarche ; sa fille Sophie, Max et leurs deux enfants que la vie n’a pas épargnés. Son père surtout, pour qui « seul le présent importait », se révèle enfin à elle. 
A travers ces destins poignants ballottés par l’Histoire, Michèle Halberstadt fait superbement revivre les fantômes de sa mémoire familiale.

Mon avis

Michèle Halberstadt est écrivaine, actrice, productrice et scénariste. Lors d’un festival, aux Etats-Unis, elle tend machinalement son badge, pour entrer dans la salle. Elle continue sa conversation avec son voisin, quand elle sent que son badge est retenu par la jeune fille, chargée de filtrer les entrées. Cette dernière lui montre alors le nom indiqué à son propre badge : « Anna Halberstadt » et elle lui demande si, à elle aussi, on lui a toujours dit qu’il y avait une seule famille Halberstadt, dans le monde. Michèle Halberstadt pensait être la dernière à porter ce nom, depuis le décès de son père. Celui-ci n’a jamais voulu raconter l’histoire de sa famille : « seul le présent lui importait » (p. 11). Lors d’un salon du livre, l’auteure apprend que le gendre de Freud s’appelait Max Halberstadt et qu’il était son photographe officiel. Elle débute une enquête sur ce nom qui, pensait-elle, devait s’éteindre avec elle.

La première partie déroule, à travers le destin de Max, la vie de Freud. Ce n’est pas ses travaux qui sont décrits, mais sa personnalité et les liens avec sa famille. Sa correspondance le montre très humain et très attachant. Il semblait être un père et un grand-père très attentif. Il était très soucieux du bien-être de ceux qui comptaient pour lui et il a beaucoup aidé, financièrement, ses proches. Même si certains propos qu’il a tenus au sujet de son premier petit-fils sont douloureux, ils expriment ce que son cœur ressentait. Apres le décès sa fille, Sophie, il a continué à prendre soin de son gendre. Ses pensées, au sujet de la contraception, dévoilent qu’il était un féministe. Alors que Michèle Halberstadt épluche les lettres que Freud a échangées avec son entourage, j’ai aimé qu’elle se questionne sur la manière dont elles ont été retrouvées.

En remontant l’histoire de Max Halberstadt, l’auteure espère découvrir la sienne. Cela donne la sensation que l’étude de cette famille, qui porte le même nom, lui permet d’approcher le passé familial, pour oser franchir l’interdit, formulé par son père. Ses recherches au sujet de Freud ont alimenté le terreau de son courage. Ne risque-t-elle pas d’ouvrir la boîte de Pandore ? En effet, c’est en Pologne qu’il lui faut affronter ce qui lui a été caché, avec cette phrase « seul le présent importe ». C’est à Wegrow, le village de ses ancêtres, que les réponses lui sont apportées. C’est là qu’elle « a simplement posé un caillou de mots » (p. 243). Dans cette deuxième partie bouleversante, elle marche dans les traces de son père et dans celle de ses aïeux, ainsi que dans celles de milliers de Juifs. Par ses écrits, elle empêche toutes ces personnes de tomber dans l’oubli. La progression de ses recherches lui a provoqué de vives angoisses. En effet, il lui a fallu vivre des mois avec des informations incomplètes et terribles. Elle découvre, également, l’origine de son nom.

Lors de son passage à l’émission « Quotidien », l’auteure a qualifié son roman de polar autobiographique,. Pour moi, il est, aussi, un ouvrage passionnant sur la vie de Freud, un roman bouleversant sur les exactions des nazis, en Pologne, et un magnifique livre de mémoire, pour ne pas oublier.

Je remercie sincèrement Claire des Éditions Albin Michel pour ce service presse.

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