Le diable parle toutes les langues, Jennifer Richard

Le diable parle toutes les langues

Jennifer Richard

Éditions Albin Michel

Quatrième de couverture

Magnat de la presse, de la finance et du pétrole, ami et complice de tous les chefs d’Etat, mais également mécène de toutes les causes, son influence sur le monde a été aussi néfaste qu’invisible. 
De la boue des tranchées aux hôtels de luxe à Monaco, de la répression des grèves à l’assassinat de Jaurès, de Cuba à la Namibie en passant par les Balkans, il a profité de tous les conflits armés et sociaux. 
Jusqu’à son dernier souffle, il a manœuvré sans éthique et sans remords pour nourrir la guerre. 
Basil Zaharoff, éminence grise des grandes puissances, légendaire marchand d’armes du XXe siècle, est ce diable qui parle toutes les langues. 

Jennifer Richard, l’auteure remarquée de Il est à toi, ce beau pays, donne voix pour la première fois à ce personnage dont elle fait le symbole glaçant et fascinant d’un siècle meurtrier.

Mon avis

Connaissez-vous Sir Basil Zaharoff ? En ce qui me concerne, je n’en avais jamais entendu parler, alors que c’est un homme qui a été l’objet de nombreuses dénonciations, avant d’être oublié. Né en 1850, il a été de toutes les guerres de son époque et demeure le plus grand marchand de mort. Il commerçait avec tous les pays, vendant ses armes à tous, sans état d’âme. Deux soldats ennemis qui s’affrontaient utilisaient, certainement, tous les deux, un équipement qui avait enrichi Basil Zaharoff. Aussi, il a œuvré pour que des guerres aient lieu. En 1908, il a obtenu la nationalité française (il était Grec). Pourtant, pendant la Première Guerre mondiale, qu’il appelait de tous ses vœux, il fournissait la France et la trahissait en s’associant à l’industriel allemand Krupp. Véritable caméléon, il prenait la personnalité qui séduisait son interlocuteur, c’est ainsi qu’il a approché les plus grands dirigeants et a su tirer profit de tous les combats. Il était persuadé que si ce n’était pas lui, ce serait un autre.

Il était, également, impliqué dans les conflits sociaux. Lors des grèves, il a conseillé la Société Navale de l’Ouest. Il a préconisé, à la direction, d’inciter les syndicalistes à la violence, de faire régner le chaos pour attirer « les journalistes, avides de scandale ». (p. 205) Il proposait de provoquer des rixes pour diviser les manifestants et l’opinion publique. Cela entraîne, inexorablement, une réflexion sur les mouvements sociaux actuels.

Est-ce parce qu’il a été encensé et honoré qu’il est tombé dans l’oubli ? Il a été fait grand officier de la Légion d’honneur, grand-croix de l’ordre de l’Empire britannique. Il a été décoré par l’Espagne, la Roumanie, l’Italie, etc. Est-ce parce que sa vie écorne le destin d’hommes d’Etat ? Pour exemple, ce roman montre une facette de Georges Clemenceau que je n’imaginais pas.

Dans Le diable parle toutes les langues, Basil Zaharoff se raconte. Il a confié des carnets à une de ses filles adoptives, Angèle. Dans ces écrits, il confie ses responsabilités dans les conflits mondiaux, son influence dans la presse (qui lui appartenait en grande partie), ses investissements dans les domaines qui rapportent, tels les armes et le pétrole, ses complicités avec tous les chefs d’Etat, son amour pour Pilar, la mère d’Angèle et de Cristina, etc. Au seuil de la mort, cette démarche n’est pas pour soulager la conscience de celui « qui préfère régner en enfer plutôt que de servir au paradis ». (P. 416) Cela semble être une ultime provocation envers Angèle, qui ne cache pas son rejet de ce qu’il a fait et de ce qu’il est, malgré son amour pour lui. A partir de documents au sujet de Basil Zaharoff, Jennifer Richard a dressé son portrait psychologique, décrypté sa personnalité, analysé ce qui le motivait à semer la mort. Elle dépeint, également, son amour pour Pilar, le seul sujet dans lequel il ne semble pas avoir le pouvoir. Ses confessions sont entrecoupées par une lettre d’une femme qui a perdu son fils et son mari : cette correspondance m’a ébranlée en raison de sa description des champs de bataille et celle des sentiments des soldats.

Conclusion

Le diable parle toutes les langues est un roman passionnant sur un personnage détestable. J’ai été fascinée et effarée par ses talents de manipulation et son cynisme, cependant, je suis atterrée que ces faits historiques ne soient pas connus. J’ai aimé que Jennifer Richard ait choisi la forme romancée, lui permettant de sonder l’intime de cet homme avide de richesse et de pouvoir. C’est un roman captivant, qui glace par sa véracité. J’ai adoré.

Je remercie sincèrement Claire des Éditions Albin Michel pour ce service presse.

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