Erika Sattler, Hervé Bel

Erika Sattler

Hervé Bel

Éditions Stock

Quatrième de couverture

« Il lui était apparu d’abord quelconque, avec sa moustache et son uniforme terne, gris ou vert, devant son pupitre. Puis il avait parlé. Non, d’abord, il était resté silencieux, les bras croisés, les sourcils froncés, tournant lentement la tête, comme un maître qui attend que ses élèves se taisent. La rumeur s’était tue d’elle-même. Alors il avait commencé à parler. Des phrases prononcées lentement, d’une voix douce. Un adagio en quelque sorte, le début lent, presque inaudible d’un quatuor à cordes, qui forçait les auditeurs à encore plus de silence pour comprendre ce qu’il disait. Soudain, le ton était monté, sa voix avait pris une puissance inattendue. Ce qu’il disait avait fini par n’avoir plus d’importance. La voix réveillait en elle des émotions presque musicales, toutes sortes de sentiments, colère, exaltation, tristesse, et joie, une joie indescriptible. On croyait Hitler et on voyait presque ce qu’il annonçait. Cet homme était habité, porteur d’un message extraordinaire. Les gens l’écoutaient bouche-bée, les émotions de chacun excitant celles de l’autre.
Erika avait seize ans. Elle était rentrée chez elle transformée. Elle serait national-socialiste. »

Janvier 1945. Les Russes approchent de la Pologne. Sur les routes enneigées, Erika Sattler fuit avec des millions d’autres Allemands. La menace est terrible, la violence omniprésente. Pourtant, malgré la débâcle, Erika y croit encore : l’Allemagne nazie triomphera.

Dans ce livre puissant, dérangeant et singulier, Hervé Bel brosse le portrait d’une femme qui se rêve en parfaite ménagère national-socialiste.
La « banalité du Mal » dans sa glaçante vérité.

Mon avis

A seize ans, Erika est devenue national-socialiste, après avoir assisté à un discours d’Hitler. Depuis, son seul objectif est de se dévouer au parti : être une bonne épouse qui tient bien sa maison, donner des enfants à la patrie, etc. Même si elle fait bonne figure au sein des femmes d’officiers, elle est insatisfaite, car elle trouve son mari trop faible et elle n’est pas mère.

En janvier 1945, avec des millions d’autres Allemands, Erika fuit la Pologne : les Russes approchent et massacrent ceux qu’ils trouvent sur leur chemin : viols, barbarie, etc. Comme ses compagnons, civils et militaires, Erika tente de rejoindre Postdem. Elle est persuadée que l’armée ne se rendra pas, elle croit au triomphe du nazisme et adhère, avec ferveur, à cette idéologie.

Ce livre est très difficile à lire. Erika est l’héroïne de l’histoire et je pense qu’il est impossible de ressentir de l’empathie pour elle. C’est très troublant de suivre sa fuite, de savoir qu’elle risque la torture et la mort, à tout instant, et de s’apercevoir que l’on n’a pas envie qu’elle s’en sorte. C’est un personnage de roman qui m’a révulsée par tout ce qu’elle englobe, d’autant plus qu’elle n’éprouve aucun regret et est toujours habitée par ses convictions. Cela m’a rassurée, car je crois que cela m’aurait dérangée si j’avais ressenti un attachement pour elle, en raison de ce qu’elle représente. Il est, d’ailleurs, plus difficile d’assumer ce que son mari, Paul Sattler, a pu, par moments, susciter comme réaction. Ses missions au sein du parti sont haïssables, mais son humanité se réveille, à certains moments, lui faisant prendre des décisions que l’on aurait souhaitées plus nombreuses. Son parcours est une démonstration de l’embrigadement. Son destin et ce qui l’a provoqué m’ont permis d’avoir un répit, dans la haine qui s’invitait en moi.

Erika Sattler est un roman dérangeant et puissant.

Je remercie sincèrement les Éditions Stock et Netgalley France pour ce service presse.

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