La race des orphelins, Oscar Lalo

La race des orphelins

Oscar Lalo

Éditions Belfond

Quatrième de couverture

 » J’ai longtemps rêvé que l’histoire de ma naissance exhibe ses entrailles. Quelle que soit l’odeur qui en surgisse. La pire des puanteurs, c’est le silence.  » 

Je m’appelle Hildegard Müller. Ceci est mon journal.
Je m’appelle Hildegard Müller. En fait, je crois que je ne m’appelle pas.
J’ai soixante-seize ans. Je sais à peine lire et écrire. Je devais être la gloire de l’humanité. J’en suis la lie.


Qui est Hildegard Müller ? Le jour où il la rencontre, l’homme engagé pour écrire son journal comprend que sa vie est irracontable, mais vraie. 

J’ai besoin, avant de mourir, de dire à mes enfants d’où ils viennent, même s’ils viennent de nulle part.

Oscar Lalo poursuit son hommage à la mémoire gênante, ignorée, insultée parfois, toujours inaccessible. Il nous plonge ici dans la solitude et la clandestinité d’un des secrets les mieux gardés de la Seconde Guerre mondiale. 
Prix d’Honneur Filigranes 2020

Mon avis

Elle a soixante-seize ans et nous transmet son journal. C’est son journal, mais ce n’est pas elle qui l’écrit, c’est un scribe. La mission de ce dernier est de faire naître celle qui s’appelle Hildegard Müller. « Ce journal pour voir le jour. » 

Les entrées sont très courtes, souvent un paragraphe, jamais plus d’une page. Un terme revient souvent, il s’agit du mot « coupable ». Elle confie à celui qui est devenu sa voix : « Ma vie est ce cauchemar éveillé où les victimes sont présumées coupables et accusées comme telles dès leur tendre enfance, et où les coupables, barbares infanticides ne sont pas inquiétés. »

« Je suis coupable d’être victime, au terme d’un procès qui n’aura jamais lieu (…) ». Mais de quel crime l’accuse-t-on ? Sur ses épaules, pèse le poids de sa naissance : Hildegard est née dans un Lebensborn. Elle a été conçue pour perpétuer la race aryenne. Ses parents ont été choisis en fonction de caractéristiques que les nazis attribuaient à une « race supérieure », pour qu’elle soit, ensuite, confiée au parti, à condition qu’elle ait réussi les sélections. Sinon, c’était la mort qui l’attendait.

Son existence, pour beaucoup, symbolise l’horreur nazie et de ce fait, l’assimile à elle. Des innocents sont considérés comme coupables, en raison de la page horrible de l’Histoire qu’ils représentent. Coupables, alors qu’à la fin de la guerre, Hildenbrand avait dix-huit mois. A la Libération, ces enfants ont été marqués de la mention « illégitime ».

Les nazis ont détruit toutes les preuves au sujet des Lebensborn, effaçant leurs crimes et la mémoire de ceux qui y sont nés. La vieille dame s’est longtemps tue. Elle n’a pas exprimé sa détresse, n’osant s’exprimer aux côtés des petits qui ont perdu leurs parents, tués par la barbarie nazie. 

«  Qu’est-ce qui est le plus douloureux ? Ne plus avoir ou n’avoir jamais eu ? On me répond : ne plus avoir. Qu’est-ce qu’on en sait ? Je suis fatiguée qu’on réponde à ma place. »

Coupable. Coupable. Coupable. Innocente, mais coupable. C’est avec ce sentiment que Hildegard a vécu sa vie. Face à ce scribe qui l’écoute, sans poser de questions, elle décharge le fardeau qui l’accompagne depuis plus de sept décennies. Coupable d’avoir été une victime de ceux qui n’ont pas été jugés. Elle est déchirée de ne pas connaître les conditions de sa conception. 

Bien que les pages soient courtes, j’ai lu ce cri, très lentement. En effet, les mots sont percutants. Chaque phrase est lourde de sens et j’ai souhaité laisser les mots s’imprégner entièrement en moi, laisser couler leur essence, dans mes veines. Ce texte est tellement puissant qu’il semble venir des entrailles de l’auteur, comme si c’était son histoire. J’ai été bouleversée par ce jaillissement de douleur, ces mots qu’Hildegard répète pour accepter leur signification et l’idée qu’ils la concernent, pour comprendre ce qui ne peut l’être. La race des orphelins est un livre vibrant qui donne naissance à ceux que le secret a entourés toute leur vie et qui n’ont pas osé parler.

Je remercie sincèrement les Éditions Belfond et NetgalleyFrance pour ce service presse.

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