L’Antichambre du bon Dieu, Emmanuel Prost

L’Antichambre du bon Dieu

Emmanuel Prost

Éditions Presses de la Cité

Collection Terres de France

Présentation éditeur

Patou, c’est l’idiot du village. Il a grandi dans ces terres du Nord, entre marais et champs aux sillons interminables. Seul son cheval Chico a su adoucir la solitude de ses jours. Puis est arrivée la jolie Isabelle. Qu’est-ce qui vaudra à Patou d’être condamné à mort, en 1863, à la prison d’Arras ?

Patou ne parle pas et ne s’exprime qu’à travers le rire. Il grandit auprès de sa grand-mère et de son père, un gueux habitant dans les misérables baraquements d’un marais où il cultive des endives dans leur village d’Oignies.
Patou tue le temps en compagnie de son cheval Chico, un cabossé de la vie comme lui, quand surgit Isabelle, fille d’un instituteur des Flandres venu alphabétiser les ouvriers des mines. Depuis peu, grâce au charbon, le Pas-de-Calais est un bassin minier d’envergure. Patou et Isabelle se lient d’amitié. Mais l’amour qu’Isabelle aura pour un ingénieur de la compagnie des mines les éloignera un temps.
Patou se retrouve seul avec son cheval pour l’accompagner dans ses jeux bucoliques. Aussi, quand, le jour de ses vingt ans, son père vend Chico à un homme de la compagnie minière, c’est pour Patou une trahison et un déchirement.
Il n’a plus qu’une idée en tête : le retrouver. Ainsi commence pour Patou une descente au fond des mines et dans les enfers…

Quatrième de couverture L’Antichambre du bon Dieu

Mon avis

Le prologue indique qu’un drame s’est produit. En 1863, Patrick Crombez, âgé de vingt ans, est condamné à mort. Emmanuel Prost retrace la chronologie des évènements qui ont abouti à cette tragédie.

Patrick, que tout le monde appelle Patou, est né en 1843, le cordon ombilical coincé autour du cou. Sa grand-mère lui a sauvé la vie, mais sa mère est morte en couches. Patou ne parle pas, il ne s’exprime que par des rires, des onomatopées et des ricanements. Considéré par tous comme l’idiot du village, sa vie s’éclaire lorsqu’il rencontre Isabelle. L’adolescente est la fille de l’instituteur, employé par les mines, avec pour objectif d’alphabétiser les mineurs. En 1858, le Pas-de-Calais est devenu un important bassin minier.

Avant cette rencontre, un être avait aussi changé la vie de Patou : Chico, un poulain que le jeune garçon a sauvé, à la naissance. Entre les deux, une relation forte s’établit. Aussi, lorsque son père lui arrache son ami, en le vendant à la compagnie minière, Patou décide de s’y faire embaucher.

Même si sa grand-mère est attachée à lui, Patou a eu une enfance solitaire. La naissance de Chico et sa rencontre avec Isabelle sont ses premières vraies expériences de respect et de tolérance pour sa différence. Ses deux amis, humain et animal, l’acceptent comme il est et l’aiment pour celui qu’il est. Cependant, Emmanuel Prost n’a pas choisi la facilité : mes sentiments envers Patou sont très ambivalents. Il m’a parfois émue, mais aussi choquée et révoltée, puis, j’ai essayé de tenir compte du contexte et de son environnement. Est-on coupable du mal que l’on veut faire, que l’on passe à l’acte ou non ? L’entourage, n’est-il pas responsable s’il n’explique pas le bien et le mal à un enfant ? 

Je n’ai pas toujours été d’accord avec les choix des personnages, mais la magie de la lecture, quand vous êtes fan d’une plume, comme je le suis de celle d’Emmanuel Prost, fait que l’auteur vous emmène là où il le désire, tant vous aimez sa manière de le faire, et vous écoutez sa lecture des faits. Et au final, vous vous rendez compte que votre cœur a une vision différente de celle de votre raison.

Comme dans ses romans précédents, Emmanuel Prost rend hommage à la région du Nord, chère à son cœur… et au mien. J’y suis née, mon père y habite toujours, et j’ai souri, en lisant certaines des expressions qu’il utilise. J’ai été passionnée par la restitution du contexte historique. L’auteur décrit les débuts de la mine, le travail difficile et dangereux. Mon cœur s’est serré, lorsque Chico a été vendu pour descendre dans les profondeurs de la terre. Dans ce roman, Emmanuel Prost offre une grande place à ce cheval, il est un des personnages principaux. L’amitié entre cet animal fragile et le garçon différent est extrêmement touchante. Elle est au cœur de scènes poignantes.

Enfin, j’ai adoré les clins d’œil de l’auteur à son entourage. De nombreux personnages portent le nom de ses proches et de ses confrères et consœurs écrivains. Cela m’a beaucoup amusée.

L’Antichambre du bon Dieu est un roman touchant, qui me perturbe encore, après sa lecture. En effet, Emmanuel Prost fait preuve de beaucoup nuances, démontrant qu’une personnalité et une situation ne sont jamais tranchées, ce n’est jamais noir ou blanc. Aussi, la réflexion se poursuit, une fois le livre refermé.

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