
Dans les yeux d’Ana
Christian Laborie
Éditions Presses de la Cité
Il a suffi d’une lettre pour que la vie de Sarah Goldberg bascule. La voici héritière d’une maison dans les Cévennes, où pourtant elle n’a aucune attache. Serait-ce une erreur ? Il y a tant d’ombres dans la vie de Sarah… Sa mère, Ana, morte trop tôt, ne s’est guère confiée sur son passé. Quittant ses missions diplomatiques, Lausanne et son compagnon, Sarah découvre la maison, prête à la revendre au plus tôt. Mais rapidement les lieux livrent leurs secrets : une inscription, « Ne cherchez pas à savoir » ; une trappe donnant accès à une cache. Et, derrière une pierre descellée, un cahier d’écolier : le journal d’Ana. Défilent alors sous les yeux de Sarah les souffrances et les espoirs de la vie d’errance de sa mère et des siens, depuis la fin des années 1920 jusqu’aux rafles de 1943…
Mon avis
1975, Sarah hérite d’une maison dans les Cévennes. Elle a toujours habité en Suisse et elle ne connaît ni la défunte, ni le village de Saint-Germain-de-Calberte. Cela fait un peu plus de cinq ans que sa mère est décédée et elle ne connaît pas son passé. Décidée à revendre la maison, Sarah diffère sa décision, car elle y fait des découvertes qui vont bouleverser sa vie. Parmi elles, le journal d’Ana, sa mère.
Dans les yeux d’Ana est une alternance entre l’histoire d’Ana, une jeune Juive pendant la guerre et la perception des événements relatés par sa fille, ainsi que les recherches effectuées par cette dernière pour combler les faits manquants.
J’ai lu le prologue et j’ai su, immédiatement, que j’allais aimer ce roman. Tout au long de ma lecture, une pensée ne me quittait pas. Je me répétais qu’il fallait un grand talent pour donner une telle impression de simplicité, alors qu’il y a une si grande densité dans l’intrigue, les faits historiques, les rebondissements, les sentiments et les émotions.
Ana ne s’est jamais confiée sur son passé. Elle n’a pas caché à sa fille qu’elle avait perdu ses parents et son frère, lors d’une rafle, mais n’a jamais relaté les circonstances. Pendant la guerre, dans son journal intime, elle a écrit l’histoire familiale depuis la fin des années 20, lorsque ses parents ont quitté la Pologne, pour l’Allemagne, qu’ils ont dû fuir également, en raison de la montée du nazisme, en passant par leur arrivée en France, jusqu’aux rafles de 1943.
A compter de leur installation en France, en 1933, la vie des Goldberg est inspirée librement par le témoignage de Sylvie Landau. J’ai aimé cette famille unie et j’ai admiré leur courage et leur clairvoyance. Ana est émouvante. La guerre l’a fait grandir trop vite, mais elle a une grande rage de vivre et de liberté. “ Dans les yeux d’Ana, Sarah se souvenait qu’elle lisait cet hymne à la vie, cette ode à l’espérance.” Christian Laborie rend hommage aux Justes Protestants de Chambon-sur-Lignon, un village entier mobilisé pour aider ceux qui fuyaient les nazis. Ce livre est d’une immense richesse historique et humaine.
Quelles circonstances ont conduit à l’arrestation de la famille d’Ana ? Quelles répercussions ces révélations vont avoir sur Sarah ?
Conclusion
J’ai eu un immense coup de cœur pour Dans les yeux d’Ana. Je ne peux vous donner toutes les raisons de mon enthousiasme sans dévoiler l’histoire, cependant, si vous aimez les histoires de secrets, de trahison, d’humanité ainsi que les héroïnes courageuses qui gardent leur âme d’enfant et les sagas familiales emplies d’émotion, ce roman est fait pour vous.
« Les Justes nous montrent qu’il y aura toujours des hommes et des femmes… capables du meilleur.» Simone Veil aux Nations Unies, 2005.
Ma première lecture de Christian Laborie me fait regretter de ne pas l’avoir lu avant.
7 commentaires