Un mariage américain, Tayari Jones

Un mariage américain

Tayari Jones

Éditions Plon

Quatrième de couverture

Celestial et Roy viennent de se marier. Elle est à l’aube d’une carrière artistique prometteuse, il s’apprête à lancer son business. Ils sont jeunes, beaux et incarnent le rêve américain… à ceci près qu’ils sont noirs, dans un État sudiste qui fait peu de cadeaux aux gens comme eux. Un matin, Roy est accusé de viol. Celestial sait qu’il est innocent, mais la justice s’empresse de le condamner.

Les années passent, et la jeune femme tient son rôle d’épouse modèle jusqu’au jour où cet habit devient trop lourd à porter. Elle trouve alors du réconfort auprès d’Andre, son ami d’enfance. À sa sortie de prison, Roy retourne à Atlanta, décidé à reprendre le fil de la vie qu’on lui a dérobée… 

Avec ce portrait de la classe moyenne noire du sud des États-Unis, Tayari Jones radiographie le couple et signe une histoire d’amour tragique et contemporaine qui explore les thèmes de la famille, de la loyauté, du racisme. Caustique et rigoureuse observatrice de son temps, cette auteure reconnue outre-Atlantique s’attaque en femme de lettres aux maux qui rongent la société américaine, et parvient à donner à ce texte fulgurant et âpre tous les atours d’un grand roman.

Mon avis

Céleste et Roy sont mariés depuis dix-huit mois lorsque l’injustice les frappe. Roy est accusé de viol. Il est innocent, mais il est noir dans un État sudiste. Il est « le type de la mauvaise couleur au mauvais endroit au mauvais moment ». Il est condamné à douze ans de prison et est libéré au bout de cinq ans.

Céleste et Roy ont vécu plus de temps séparés que mariés. Alors que pour celui qui est emprisonné, la vie extérieure est mise en pause, elle continue pour celui qui est libre. Tayari Jones montre que l’erreur judiciaire a d’autres conséquences qu’une injuste privation de liberté. Elle détruit la vie dans tous ses aspects et aussi celles des proches, que ce soient le conjoint, les parents ou les amis.

Tayari Jones décrit le délitement du couple. Avant même que les protagonistes en prennent conscience, le lecteur ressent, dans les échanges de courrier, le changement de sentiments : c’est une suite de reproches et de rancœurs sur des faits survenus avant l’incarcération de Roy. J’ai assisté, impuissante, au déchirement des deux amoureux.

Peut-on demander à quelqu’un d’attendre l’être aimé pendant douze ans ? La séparation met-elle en exergue une situation qui se serait produite sans elle ?

Le récit est à plusieurs voix. Cela m’a permis de comprendre le ressenti de chacun et mon empathie s’est partagée entre tous les personnages. Ils souffrent tous de la situation et chaque point de vue est concevable, mais aussi synonyme de souffrances pour l’un ou l’autre.

Dans ce roman, il y a aussi des moments qui réchauffent le cœur. L’amour d’un père adoptif pour son fils, celui d’un homme pour sa femme (au-delà de la mort), un soutien inattendu et des rencontres inespérées. Certains passages sont tendres et émouvants.

Les personnages ne sont pas des êtres parfaits. Ils font tous preuve de maladresse, d’égoïsme, ou d’insensibilité à un moment. Mais ils sont tous partagés entre la loyauté et leurs désirs. Ils sont très réalistes et nuancés. Certains de leurs actes ont des répercussions sur un proche, mais ils ne font pas du mal délibérément. Cela a provoqué une réflexion en moi. Quelle décision aurais-je prise à la place de Roy, de Céleste ? Et si j’étais leur amie, quelle aurait été ma position ? 

Le récit est à la fois tendre et glacial. Il analyse l’impact de la prison sur tout l’entourage. Le racisme et les différences de milieu sont sous-jacents, sans jamais prendre le dessus sur la radiographie du couple. Ils sont la toile de fond de l’histoire, sans jamais l’envahir.

Conclusion

J’avais beaucoup d’attentes au sujet de ce livre et j’ai été comblée. Le sujet principal n’est pas celui que j’attendais, à savoir l’erreur judiciaire, et pourtant ce que j’ai découvert à la place, m’a passionnée. Jusqu’au bout, je me suis demandé ce qu’il allait advenir de la vie de Roy et Céleste et jusqu’à la fin, je me suis interrogée sur l’issue que je souhaitais. 

Sous fond de racisme et d’erreur judiciaire, l’auteure décrypte les relations familiales et mesure l’impact de la prison sur le condamné et sur son entourage. L’innocence de Roy m’a permis d’éprouver de l’empathie pour chacun des personnages, et pour cette raison, j’ai été tiraillée.

J’ai adoré Un mariage américain, qui m’a énormément émue et troublée.

Je remercie sincèrement Valérie des Éditions Plon pour ce service presse.

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