Ce soir, on regardera les étoiles… ,Alì Ehsani, Belfond

Ce soir, on regardera les étoiles…
Alì Ehsani
Belfond
Résumé

1997, à Kaboul, le petit Alì, huit ans, rentre de l’école. Arrivé chez lui, il ne comprend pas : sa maison « devrait être là, mais elle n’y est pas. Il n’y a qu’un amas informe de décombres. » (Page 4). Après une longue attente, son frère Mohammed, âgé de dix-huit ans, arrive en pleurant. Leur papa et leur maman sont morts…un missile est tombé sur leur maison.

Ils n’ont plus de famille, pas d’argent, ils sont dans un pays en guerre. L’aîné veut donner une chance à son jeune frère de faire des études. Commence alors pour ces deux garçons, un périple extrêmement dangereux, en passant par le Pakistan, l’Iran, La Turquie, avec l’espoir d’arriver en Grèce, puis en Europe. Cinq ans plus tard, Alì est seul. Il tente d’entrer en Italie. Où est Mohammed ? Que lui est-il arrivé ?

Mon avis

Ce livre est d’une puissance émotionnelle très forte. Il m’a bouleversée.

 Cette histoire est celle de l’auteur. Je ne sais pas quelle est la part vraie ni quelle est la part romancée, mais il s’agit du vécu de l’auteur. Il est ce petit Alì, qui n’a plus que son frère sur qui compter. Le sujet est brûlant. Cet exode raconté par des yeux d’enfant est poignant. Ce ne sont pas des images que l’on voit à la télé, ce sont des sentiments, des émotions, des peurs, des souffrances, mais aussi, des moments de joie, de l’espoir qui sont authentiques. La puissance des mots est plus forte que celle des images. Ce que le petit Alì ressent nous touche en plein cœur. 

 « Qu’est-ce ça veut dire « être résigné » ? Ça veut dire qu’ils ont oublié de voler de leurs propres ailes. »(page 124) L’amour fraternel est émouvant. Ce jeune homme de dix-huit ans qui entreprend ce voyage pour donner une vie meilleure à son frère, qui essaie de rendre ce périple le moins difficile pour lui, qui essaie de le gâter, m’a fait penser à Guido, ce père juif, déporté avec son fils et qui transforme la vie au camp en un jeu, dans La vie est belle de Roberto Benigni (un film qui me fait pleurer à chaque fois que je le vois). Mohammed ne cache pas à Alì les dangers, mais lui offre des plaisirs, tels que celui de manger une glace.

 Dans les pays traversés, les deux frères bénéficieront de mains tendues, mais rencontreront aussi des personnes peu scrupuleuses, subiront le racisme, le vol, la mort toujours présente. Les descriptions des tentatives de fuir, accrochés aux moteurs des camions, sont très précises, et j’ai vraiment ressenti ce que des personnes sont capables de faire pour fuir la guerre et avoir des papiers, pour vivre libres. « Les gens qui parlent des émigrés utilisent souvent le mot »désespérés », mais ce que moi je pense, aujourd’hui, à Rome, dans ma vie italienne, est qu’il n’y a rien de plus semblable à l’espoir que la décision d’émigrer : espoir d’arriver dans un monde meilleur, espoir de réussir, espoir de survivre, espoir de tenir bon, espoir d’un dénouement heureux, comme au cinéma. »(page 185)

 La narration utilisée rend la lecture poignante. Alì raconte son histoire avec son innocence d’enfant, à la première personne du singulier. Lorsqu’il parle de Mohammed, il s’adresse à lui, par le biais du pronom « tu », ce qui donne au texte une charge émotionnelle très forte.

 Le sujet du livre n’est pas de créer de polémiques au sujet des migrants, mais de raconter le calvaire d’un enfant qui fuit la guerre. Ce roman ne donnera pas de pistes pour régler la situation des camps, mais les décrira de l’intérieur, en nous décrivant certaines situations choquantes, mais également des scènes de solidarité humaine. Ce soir, on regardera les étoiles… ne réglera pas le problème politique des migrants, mais fera tomber certains préjugés. Alì Ehsani ne dit pas que les pays européens doivent accueillir tout le monde, il nous raconte son histoire personnelle.

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